Le Vendredi fou et le Cyber lundi tendent à s’entremêler dans un flou commercial

Tara Deschamps, La Presse Canadienne
Le Vendredi fou et le Cyber lundi tendent à s’entremêler dans un flou commercial

TORONTO — Il semble de plus en plus difficile de distinguer le Vendredi fou du Cyber lundi.

Ces deux journées marquées par des rabais visant à appâter le consommateur se confondent l’une dans l’autre, car les commerces ont de plus en plus l’habitude de les prolonger pendant plus de 24 heures.

«Le Vendredi fou/Cyber lundi se déroulait pendant un week-end. Maintenant, cela dure une saison», mentionne le président de Shopify, Harley Finkelstein.

La frontière temporelle entre ces deux jours pourrait devenir encore plus floue en 2022 puisque la pandémie a transformé les habitudes d’achat des consommateurs.

Pendant la COVID-19, de nombreux commerces se sont résignés à fermer leurs portes. Les ventes numériques ont explosé. Et même si les restrictions ont graduellement été abandonnées, plusieurs consommateurs n’ont pas perdu l’habitude de magasiner en ligne, mais pas autant que certaines chaînes l’avaient prévu.

«Le magasinage en ligne a crû en popularité au cours de la pandémie, mais il est en déclin parce que les gens retournent dans les boutiques, dit Lisa Hutcheson, de la firme de consultants J.C. Williams Group. Les dépenses liées au commerce en ligne ont reculé de 11,5 % sur une base annuelle.»

Ce retour aux vieilles habitudes a surpris Shopify qui comptait sur un essor accru du magasinage en ligne.

«Il est maintenant clair que le pari n’a pas été gagné», a reconnu le chef de la direction Tobi Lutke dans un communiqué annonçant en juillet le licenciement de 10% de la main-d’œuvre de l’entreprise.

L’action a atteint 212 $ au cours de l’année, mais de dégringoler à 50 $ au cours des derniers jours.

Résultats: plusieurs comptent sur le long week-end du Vendredi fou/Cyber lundi.

«Le Vendredi fou/Cyber lundi est comme notre Super Bowk, lance M. Finkelstein. Notre niveau d’énergie est présentement très élevé.»

Shopify a commandité une étude auprès de 24 000 clients et 9000 petites et moyennes entreprises répartis sur l’ensemble de la planète. Selon les résultats, 59 % des répondants canadiens prévoyaient dépenser la même somme que l’an dernier lors du week-end du Vendredi fou/Cyber lundi. Ce pourcentage grimpe à 74 % pour les répondants canadiens âgés de 25 à 34 ans.

M. Finkelstein juge qu’il est difficile de faire des prédictions. Il croit que les choses seront différentes cette année, car les problèmes d’approvisionnement qui avaient frappé les commerces semblent résolus et la grande vague du variant Omicron de la COVID-19 ne semble pas se répéter.

«Ce Vendredi fou/Cyber lundi semble moins frénétique que l’an dernier. Il y a moins de problèmes d’approvisionnement, il y a plus de commerces ouverts. L’inventaire est plus grand. Les entreprises de livraison ont mieux planifié leur capacité», avance-t-il.

Mais un gros nuage continue de jeter une ombre: l’inflation.

Michelle Wasylyshen, du Conseil canadien du commerce du détail, dit que «les consommateurs ont serré un peu la ceinture» au cours des derniers mois, mais ils envisagent encore de dépenser   environ 790 $.

«La différence avec l’an dernier, c’est qu’ils recherchent des cadeaux plus significatifs, plus pratiques, souligne-t-elle. Ils prévoient offrir des cadeaux à moins de personnes ou en offrir moins par personne, mais ils vont acheter.»

L’expression «Cyber lundi» a été créée en 2005 par la National Retail Federation américaine qui avait constaté que les ventes en ligne grimpaient en flèche lors du lundi suivant le Vendredi fou. 

«On ne constate pas la même chose cette année», souligne Mme Hutcheson.

Elle croit que les consommateurs auront adopté une stratégie «omnicanale», qui intègre tous les canaux de vente de produits et de services.

 M. Finkelstein aime bien ce mot. «Il n’y a plus de lutte entre le commerce en ligne et le commerce en personne.»

«Parler d’omnicanal pour décrire une stratégie sera bientôt aussi redonnant que dire télévision en couleur. C’est la norme, car les consommateurs font leurs emplettes partout, mais vraiment partout.»

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