L’Union européenne accorde le statut de «candidate» à l’Ukraine

Samuel Pétrequin, La Presse Canadienne
L’Union européenne accorde le statut de «candidate» à l’Ukraine

BRUXELLES — L’Union européenne a accepté d’offrir à l’Ukraine le statut de «candidate» pour l’adhésion au bloc de 27 pays; la première étape vers une adhésion complète dans un processus accéléré par l’invasion de la Russie.

Réunis lors d’un sommet à Bruxelles, les dirigeants de l’Union européenne (UE) ont obtenu l’approbation unanime requise pour accorder à l’Ukraine le statut de candidate. Le processus vers son adhésion au regroupement est donc enclenché, mais pourrait s’étaler sur des années, voire des décennies.

Le président ukrainien, Volodymyr Zelenskyy, a régi sur les médias sociaux, écrivant sur Twitter que «l’avenir de l’Ukraine est au sein de l’UE».

«C’est une victoire. Nous attendons depuis 120 jours et 30 ans», a-t-il ajouté sur Instagram, faisant référence au temps écoulé depuis le début de la guerre et depuis que l’Ukraine est devenue indépendante. «Et maintenant, nous allons vaincre l’ennemi.»

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a souligné que jeudi était une «bonne journée pour l’Europe.»

Le Kremlin n’a pas réagi dans l’immédiat.

Du même souffle, l’UE a accordé le statut de candidate à la Moldavie, une autre ancienne république soviétique, voisine de l’Ukraine.

Processus accéléré

L’Ukraine a demandé son adhésion à l’UE moins d’une semaine après le début l’invasion menée par Moscou, le 24 février. La décision de jeudi a été rendue très rapidement selon les standards de l’UE, qui a plutôt l’habitude de prendre son temps dans les processus d’adhésion.

La guerre en Ukraine a toutefois forcé l’UE à accélérer ses opérations.

Pour devenir membre de l’UE, les pays doivent remplir une série de conditions économiques et politiques détaillées, y compris un engagement envers l’État de droit et d’autres principes démocratiques. L’Ukraine devra lutter contre la corruption gouvernementale et adopter d’autres réformes.

Le Parlement européen a approuvé la candidature de l’Ukraine quelques heures avant le début de son sommet à Bruxelles. Il a d’ailleurs adopté une résolution appelant les pays membres de l’UE à «agir sans délai».

«Cela renforcera l’Ukraine, cela renforcera l’Europe. C’est une décision pour la liberté et la démocratie et nous place du bon côté de l’histoire», a déclaré la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, avant que la décision définitive ne soit rendue.

Les nations de l’UE ont aidé l’Ukraine à résister à l’invasion russe en lui offrant de l’argent et des armes, en plus d’adopter des sanctions économiques sans précédent contre le Kremlin.

Le statut de candidate à l’UE n’offre aucune garantie de sécurité immédiate à l’Ukraine. Toutefois, une fois qu’un pays devient officiellement membre, il est couvert par une clause du traité de l’UE qui stipule que si un membre est victime d’une agression armée, les autres pays de membres sont tenus de l’aider par tous les moyens en leur pouvoir.

Les principaux avantages de l’adhésion à l’UE restent cependant économiques, puisqu’elle donne accès à un marché de 450 millions de consommateurs avec la libre circulation de la main-d’œuvre, des produits, des services et des capitaux.

Longue attente

L’Ukraine aspire depuis longtemps à rejoindre l’OTAN, mais l’alliance n’était pas sur le point d’offrir une invitation, en partie à cause de la corruption du pays, des lacunes de son système de défense et de ses frontières contestées.

Avant la guerre, le président russe, Vladimir Poutine, a exigé que l’Ukraine ne soit jamais autorisée à rejoindre l’OTAN, qu’il a condamnée pour ses ambitions d’expansion vers l’est, en territoire russe. 

Mais plus tôt ce mois-ci, il ne semblait pas agacé outre mesure par le désir de l’Ukraine à se rapprocher de l’UE. Il a expliqué que puisqu’il ne s’agit pas d’un pacte militaire, la Russie n’a «aucune objection».

En 2013, le président Poutine s’est opposé au projet de l’Ukraine de signer un accord d’association avec l’UE et a fait pression sur le président ukrainien de l’époque, Viktor Ianoukovytch, pour qu’il suspende l’entente à la dernière minute. Cela s’est cependant retourné contre ce dernier.

Des manifestations ont poussé M. Ianoukovytch à démissionner, mais son successeur a poursuivi le désir de rapprocher le pays de l’Occident.

Dans les années qui ont suivi, la Russie s’est emparée de la péninsule de Crimée et a fait naître un soulèvement séparatiste dans la région du Donbass, à l’est du pays.

Réactions d’autres pays

Les dirigeants de l’UE ont également convenu jeudi de reconnaître une «perspective européenne» pour une autre ancienne république soviétique: la Géorgie. Le président du Conseil européen, Charles Michel, a affirmé que l’UE serait prête à approuver son statut de candidate une fois que les «priorités exceptionnelles» auront été traitées.

Le premier ministre polonais, Mateusz Morawiecki, dont le pays soutient depuis des années les aspirations européennes de l’Ukraine, a écrit sur Twitter: «C’est un grand moment pour l’unité de l’Europe et pour la défense de ses valeurs fondamentales. La lutte pour la liberté continue.»

La Turquie a demandé l’adhésion en 1987, a reçu le statut de candidat en 1999 et a dû attendre jusqu’en 2005 pour entamer des pourparlers en vue d’une adhésion complète. L’ensemble du processus est au point mort en raison de divers différends entre l’UE et la Turquie.

Les responsables européens ont déclaré que l’Ukraine avait déjà adopté environ 70 % des règles et normes de l’UE, mais ils ont également souligné la nécessité d’autres mesures de grande envergure.

Les dirigeants ont également discuté d’un soutien immédiat à l’Ukraine, la Commission européenne s’apprêtant à présenter prochainement une proposition visant à accorder une nouvelle aide financière pouvant atteindre 9 milliards d’euros.

La sécurité alimentaire était également sur la table, car ils ont convenu de continuer à travailler sur des solutions pour aider l’Ukraine à exporter des céréales et d’autres marchandises via des «voies de solidarité pour contourner un blocus russe des ports de la mer Noire.»

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