Une cour autorise une manifestation propalestinienne à Toronto, malgré Doug Ford
TORONTO — Une manifestation propalestinienne s’est déroulée samedi à Toronto, avec des drapeaux, des tambours, des slogans et une importante présence policière, notamment des policiers postés sur les toits des immeubles, après qu’un juge ontarien a rejeté la tentative du gouvernement de l’interdire à titre préventif.
Parmi les quelque 4500 participants au rassemblement de la Journée d’Al-Quds, selon la police de Toronto, certains brandissaient des drapeaux palestiniens et iraniens et scandaient «Libérez la Palestine», tandis que des contre-manifestants portaient les drapeaux d’Israël et de l’Iran d’avant la révolution.
Moins d’une heure avant le début du rassemblement devant le consulat américain dans le centre-ville de Toronto, un tribunal a rejeté la demande de dernière minute du gouvernement du premier ministre Doug Ford visant à obtenir une injonction contre celui-ci, qualifiant le rassemblement de «terreau fertile pour la haine et l’antisémitisme».
Les allégations de M. Ford ont été rapidement condamnées par des groupes de défense des libertés civiles, les organisateurs qualifiant la demande d’injonction de tentative visant à faire taire la solidarité avec la Palestine et les critiques à l’égard d’Israël.
Après la décision du tribunal samedi, M. Ford a déclaré dans un message publié sur les réseaux sociaux qu’il était «extrêmement déçu» et que la Journée d’Al-Quds «est depuis longtemps un lieu d’antisémitisme, de haine, d’intimidation et de glorification du terrorisme».
«Bien que le juge ait invoqué la Charte canadienne des droits et libertés, lorsque nous parlons de droits, nous devons être clairs sur le fait que chaque personne a droit à la sécurité et à la sûreté», indiquait son message.
«Nous devons être clairs sur le fait que personne au Canada n’a le droit d’inciter à la violence ni la liberté d’intimider et de haïr», a-t-il ajouté.
Cependant, lors de l’audience de samedi, les avocats de la province ont reconnu qu’il n’y avait aucune preuve que ces rassemblements ont déjà donné lieu à des poursuites pénales contre des manifestants.
La guerre en Iran teinte la manifestation
Anna Zalik, une professeure juive canadienne, a qualifié la demande d’injonction de M. Ford de «mise en scène politique» lors du rassemblement de samedi.
«La liberté d’expression existe toujours dans ce pays et j’espère que nous continuerons à la défendre», a-t-elle affirmé.
Elle a contesté la qualification de M. Ford du rassemblement comme antisémite et haineux.
«C’est un jour très important pour le peuple palestinien… Je savais que je voulais être ici… C’est un mouvement pour la paix. C’est un mouvement pour la justice, a-t-elle fait valoir. Je suis également horrifiée par la guerre que les États-Unis et Israël mènent contre l’Iran, et par la façon dont elle dégénère sans véritable issue.»
L’attaque américano-israélienne contre l’Iran a eu lieu le 28 février.
Depuis, les deux pays échangent des attaques, plongeant davantage le Moyen-Orient dans le chaos et exacerbant les inquiétudes économiques mondiales, alors que les tensions s’intensifient autour du détroit d’Ormuz, voie de passage pour environ un cinquième du pétrole mondial, où la navigation est quasiment paralysée.
La police de Toronto a renforcé sa présence au rassemblement, invoquant un malaise accru lié à la guerre en Iran et aux coups de feu tirés contre trois synagogues et le consulat américain au cours des deux dernières semaines.
Ce rassemblement mondial est largement présenté comme un événement de solidarité avec les Palestiniens et pour la fin de l’occupation israélienne de leurs territoires. À Toronto, les organisateurs ont fait la promotion de l’événement de cette année en appelant aussi à ne pas faire la «guerre contre l’Iran et le Liban».
Shayan, qui a préféré taire son nom de famille, a dit être venu exprimer son opposition au rassemblement de la Journée d’Al-Quds et son soutien à la guerre contre l’Iran.
«Je suis ici pour soutenir le peuple iranien et nous sommes solidaires de nos amis israéliens», a-t-il déclaré.
«En Iran, les gens n’ont rien à manger… Ils se font tuer dans les rues. Ils veulent un changement de régime. Israël et les États-Unis aident le peuple iranien à éliminer les membres et les hauts responsables (du Corps des gardiens de la révolution islamique)… Ces gens ne comprennent pas», a-t-il ajouté, en désignant les manifestants propalestiniens.
Al-Quds, tiré du mot arabe désignant Jérusalem, a été au centre de la controverse, en partie parce qu’il a été popularisé en Iran après la révolution de 1979.
L’une des premières promesses de M. Ford en 2018 était l’interdiction pure et simple de cette manifestation. Le gouvernement britannique a soutenu l’interdiction du rassemblement de cette année à Londres.
Jamal, qui n’a pas voulu divulguer son nom de famille par crainte de répercussions sur son emploi, a déclaré qu’il était important pour lui d’être présent au rassemblement afin de soutenir le peuple palestinien.
Il a qualifié de «folle» la tentative de M. Ford d’empêcher la manifestation.
«Je ne vois rien ici qui constitue une menace pour la sécurité nationale», a-t-il affirmé.
Le rassemblement a duré plusieurs heures avant que les participants ne commencent à se disperser progressivement.
Des rassemblements pour la Journée d’Al-Quds ont également eu lieu dans le monde entier samedi.
La télévision d’État iranienne a rapporté qu’une forte explosion avait secoué une place de Téhéran, bondée de monde pour les manifestations annuelles de la Journée d’Al-Quds.
– Avec des informations de l’Associated Press
