Terre-Neuve-et-Labrador et le Québec visent un accord définitif sur Churchill Falls
SAINT-JEAN — Les premiers ministres du Québec et de Terre-Neuve-et-Labrador, ainsi que les dirigeants de leurs sociétés d’électricité respectives, se sont rencontrés mardi à Saint-Jean, alors que les deux provinces s’affairent à conclure des accords définitifs sur un partenariat énergétique de grande envergure.
Le premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador, John Hogan, a indiqué que les responsables sont toujours déterminés à conclure des accords définitifs d’ici avril 2026.
Le premier ministre libéral a averti que toute interruption des négociations, réclamée par les progressistes-conservateurs de sa province, pourrait compromettre l’accord dans son ensemble.
Selon lui, cette question pourrait être au cœur de la campagne électorale provinciale qu’il devrait lancer dans les prochaines semaines.
«Non seulement c’est un enjeu électoral important, c’est l’enjeu électoral. C’est ce dont nous devons parler en tant que province», a affirmé M. Hogan aux journalistes après sa rencontre avec son homologue québécois François Legault.
«Suspendre un projet de cette envergure, alors que le Québec veut agir maintenant, signifie en réalité que nous l’arrêtons et que nous perdrons toute capacité de développer et de tirer profit des chutes Churchill, non seulement maintenant, mais aussi pour la prochaine génération et les 50 à 75 prochaines années.»
Hydro-Québec et Newfoundland and Labrador Hydro négocient une nouvelle entente visant à mettre fin, 16 ans plus tôt que prévu, à un contrat existant qui permet à la société d’État québécoise d’acheter la majeure partie de l’électricité de la centrale de Churchill Falls, au Labrador, à des prix défiant toute concurrence.
Terre-Neuve-et-Labrador Hydro paie les mêmes bas prix – 0,2 cent par kilowattheure – mais ne peut acheter qu’une fraction de l’électricité. L’entente signée en 1969 a longtemps été une source d’amertume envers le Québec. La province atlantique a contesté l’entente sans succès devant les tribunaux.
En vertu du nouveau projet d’entente, Hydro-Québec paierait environ 33,8 milliards $ pour l’électricité de Churchill Falls au cours des 50 prochaines années et s’associerait à Newfoundland and Labrador Hydro sur d’autres projets énergétiques. Terre-Neuve-et-Labrador obtiendrait également plus d’électricité de l’immense centrale du fleuve Churchill.
Jennifer Williams, directrice générale de Newfoundland and Labrador Hydro, a vivement réagi mardi aux critiques concernant la nouvelle entente, qui prétendent que le prix prévu de 33,8 milliards $ est un tarif fixe qui ne serait pas lié à la valeur marchande.
«Nous ne signerions pas ce contrat», a-t-elle déclaré en applaudissant à chaque mot. Ce n’est pas une valeur fixe.»
Les autorités négocient actuellement des formules qui lieront les tarifs au marché de l’énergie, ainsi qu’au prix que le Québec paierait pour la même énergie provenant d’autres sources, a expliqué Mme Williams.
«Nous associons cela à un nouvel approvisionnement au Québec, a-t-elle précisé. Le prix évoluera, et si le marché augmente, nous nous associons à cela, mais pas seulement.»
M. Hogan a dit que les parties avaient également discuté des possibilités d’exploitation minière à la frontière entre le Québec et le Labrador.
Selon le chef progressiste-conservateur, Tony Wakeham, trop de gens à Terre-Neuve-et-Labrador ont l’impression de ne pas comprendre l’accord de principe entre les services publics, dévoilé en décembre.
Il a ajouté que s’il remportait les élections provinciales prévues en octobre, il ferait examiner le protocole d’entente par un tiers indépendant, comme la Régie des services publics de la province.
«Cela ne devrait pas être simplement un enjeu électoral. C’est un enjeu générationnel», a-t-il affirmé en entrevue.
«Nous avons un contrat depuis plus de 50 ans, et maintenant, ils veulent faire volte-face et en signer un autre pour 50 ans supplémentaires.»
M. Wakeham avait appelé à une pause dans les négociations, mais il n’a pas réitéré cet appel mardi. Cependant, interrogé sur l’objectif des négociateurs de conclure des accords définitifs d’ici avril 2026, il a répondu qu’il «ne se laisserait pas prendre en otage par une quelconque échéance arbitraire fixée par la province de Québec».
