Mark Carney refuse de dire si l’Inde s’ingère dans les affaires du pays
OTTAWA — Le premier ministre Mark Carney refuse de dire s’il pense que l’Inde est toujours à l’origine d’actes d’ingérence étrangère et de répression transnationale au Canada.
Six jours après qu’un haut fonctionnaire ait indiqué à des journalistes canadiens que l’Inde avait mis fin à ces agissements, le premier ministre n’a pas voulu dire s’il était d’accord et a mentionné qu’il ne sanctionnerait pas ce fonctionnaire.
Lors d’une séance d’information avec des journalistes avant un voyage en Inde la semaine dernière, un haut fonctionnaire du gouvernement avait mentionné que le Canada était convaincu que l’ingérence étrangère de l’Inde avait cessé.
Le fonctionnaire avait ajouté que si le Canada pensait que l’Inde continuait d’interférer dans sa démocratie, M. Carney n’aurait pas fait ce voyage.
Interrogé lors d’une étape de son voyage à Sydney, en Australie, pour savoir s’il était d’accord avec le haut fonctionnaire qui avait fait ces commentaires, M. Carney a répondu qu’il «n’utiliserait pas ces mots.»
Il a également refusé à plusieurs reprises de dire si New Delhi interférait dans la démocratie canadienne ou réprimait les séparatistes sikhs au Canada.
C’était la première fois que M. Carney s’adressait aux journalistes depuis le début de son voyage en Inde, en Australie et au Japon, vendredi dernier.
«Il n’y aura pas de conséquences pour ces responsables. (…) Il y a des aspects de ces breffages que je ne peux pas partager en public, et je ne vais pas les trahir. Je peux vous dire qu’il y a des progrès sur ces questions», a précisé M. Carney.
«C’est le résultat des ressources que nous investissons. C’est le résultat de la clarté de notre position. (…) Nous ne tolérerons aucune ingérence étrangère, aucune répression transnationale, de la part de quiconque, et j’insiste, de la part de quiconque. De nombreux pays mènent de temps à autre ce type d’actions», a-t-il ajouté.
Le gouvernement de M. Carney a été soumis à des pressions pour clarifier s’il estime que l’Inde continue de se livrer à des ingérences étrangères. Le Globe and Mail a publié dimanche soir un article sur le rôle présumé du personnel consulaire indien dans le meurtre d’un militant sikh canadien il y a trois ans.
Hardeep Singh Nijjar, défenseur d’une patrie sikhe indépendante et président du Guru Nanak Sikh Gurdwara, a été abattu à Surrey, en Colombie-Britannique, en juin 2023.
Ottawa campe sur ses convictions
Le Globe and Mail a cité deux sources anonymes qui ont déclaré que le personnel consulaire à Vancouver avait fourni des informations pour faciliter le meurtre.
M. Carney a réitéré ses déclarations antérieures selon lesquelles l’Inde et le Canada ont eu une série de discussions fructueuses sur les questions de sécurité, notamment sur les efforts visant à réduire les actes violents d’extorsion.
La propre secrétaire d’État de M. Carney chargée de la lutte contre la criminalité, Ruby Sahota, s’est jointe à d’autres députés libéraux pour affirmer que New Delhi était toujours à l’origine de ces activités, tandis que l’Inde insiste sur le fait qu’elle ne s’est jamais livrée à des ingérences.
Le député libéral Sukh Dhaliwal a indiqué la semaine dernière sur les médias sociaux qu’il dénonçait fermement les propos tenus par le responsable fédéral aux journalistes, car ils contredisent les évaluations des agences de sécurité canadiennes.
La ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, a souligné mardi que le Canada ne pouvait «plus se permettre de mettre de côté une économie de 4000 milliards $ alors que nous cherchons à diversifier nos partenaires commerciaux et à développer l’économie nationale».
«Ce que nous devons faire, en étant réalistes et pragmatiques, c’est reconnaître qu’il existe des problèmes graves dans les relations bilatérales avec l’Inde et que nous devons les traiter du point de vue de la sécurité publique», a-t-elle précisé.
Elle a ajouté que le gouvernement fédéral y parviendrait en renforçant les liens avec l’Inde en matière de sécurité et en veillant à ce que «l’état de droit permette le déroulement d’un procès et d’une procédure judiciaire indépendamment des acteurs politiques».
Interrogé la semaine dernière sur la dernière évaluation du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) concernant la menace d’ingérence étrangère posée par l’Inde, son porte-parole, Eric Balsam, a fait référence aux remarques du ministre de la Sécurité publique, Gary Anandasangaree, selon lesquelles «il reste encore du travail à faire».
«Pour sa part, le SCRS continue de prendre au sérieux toutes les allégations d’ingérence étrangère et de répression transnationale. Le SCRS reste vigilant face aux menaces d’ingérence étrangère et d’espionnage provenant de tous les pays. L’évaluation des menaces par le SCRS concernant les principaux auteurs d’ingérence étrangère et d’espionnage contre le Canada n’a pas changé», a déclaré M. Balsam à La Presse Canadienne.
— Avec des informations d’Anja Karadeglija, Jim Bronskill et Alessia Passafiume
