Le Conseil mohawk de Kahnawake envisage des péages routiers face aux coupes fédérales

KAHNAWAKE — Le Conseil mohawk de Kahnawake a annoncé mardi qu’il envisageait d’imposer des péages sur les routes traversant son territoire en réponse aux compressions budgétaires fédérales imminentes.

Le grand chef Cody Diabo a déclaré aux journalistes que ces péages pourraient contribuer à compenser l’impact des coupes budgétaires de Services aux Autochtones Canada sur la communauté mohawk au sud de Montréal.

Le ministre des Finances, François-Philippe Champagne, a envoyé des lettres plus tôt cet été à plusieurs ministres leur demandant de réduire les dépenses de programmes de leurs ministères de 7,5 % au printemps prochain, de 10 % l’année suivante et de 15 % en 2028-2029.

M. Diabo a affirmé que la réduction des services fournis aux Autochtones par l’intermédiaire de Services aux Autochtones Canada, sans toucher aux paiements de transfert à la province, équivaut à une «austérité racialisée».

«Le Canada ne peut pas prétendre à un engagement envers la réconciliation tout en réduisant les services mêmes qui soutiennent nos communautés», a-t-il déclaré aux journalistes lors d’une conférence de presse dans la communauté mohawk. «Ces coupes budgétaires accentueront les inégalités en matière de logement, de soins de santé, d’éducation, de sécurité publique et plus encore, tout en compromettant l’obligation légale du Canada en vertu de l’article 15 de la Charte des droits et libertés.»

L’article 15 garantit à chacun le droit à une protection égale devant la loi, sans discrimination.

Le grand chef a indiqué que son conseil envisage d’instaurer des péages sur les principales autoroutes, où, selon lui, environ 120 000 véhicules circulent quotidiennement.

Il a précisé que les détails du plan seraient annoncés ultérieurement, mais que les routes envisagées incluent les routes 138 et 132, deux autoroutes principales empruntées par les personnes qui se rendent à Montréal et sur la Rive-Sud. Il a précisé que les péages pourraient s’élever à environ 4,60 $, soit le tarif de l’autoroute 30, située à proximité.

M. Diabo a précisé que Kahnawake comprend également une voie maritime et une voie ferrée, et n’a pas exclu l’imposition éventuelle de péages supplémentaires.

«Soyons clairs: ce n’est pas une attaque contre la population canadienne. C’est une attaque contre le gouvernement canadien lui-même», a-t-il insisté.

«Nous avons toujours essayé de vivre et de coexister pacifiquement. Mais à maintes reprises, le gouvernement canadien nous a forcés à faire des choses que nous ne voulions pas faire.»

Le grand chef Diabo a ajouté que l’annonce de ces réductions intervient dans un contexte d’opposition des Autochtones à la Loi sur l’unité de l’économie canadienne, qui donne à Ottawa le pouvoir d’accélérer l’adoption de projets qu’il considère comme étant d’intérêt national.

Il a pointé le fait que le premier ministre Mark Carney aurait dû mentionner les coupes lors des rencontres estivales avec les dirigeants autochtones au sujet du projet de loi C-5.

«Ils vont vous dire une chose d’emblée lors de forums nationaux ou autres, puis ils vont aller en coulisses et tenter de vous démanteler systématiquement», a-t-il déclaré à propos de l’approche du gouvernement Carney, qu’il a comparée à celle de son prédécesseur libéral, Justin Trudeau.

Le Conseil mohawk de Kahnawake demande au gouvernement libéral d’annuler les compressions budgétaires, qui, selon lui, pourraient entre autres compromettre les programmes de santé, d’éducation et d’infrastructures, entre autres.

Selon Cody Diabo, une rencontre en personne avec des membres du gouvernement fédéral constituerait un bon premier pas pour le convaincre de reconsidérer la question des péages. Il n’a toutefois pas promis de changer d’avis, affirmant que sa communauté est «très déterminée quant à ce qui doit arriver».