Contre-interrogatoire de la dernière plaignante dans l’affaire Stronach
TORONTO — L’avocate de la défense de Frank Stronach a suggéré mardi, lors de son interrogatoire de la septième et dernière plaignante dans le procès pour agression sexuelle à Toronto, que la relation entre une femme et Stronach, il y a plusieurs décennies, était consentie.
La suggestion de Leora Shemesh, lors du contre-interrogatoire, a semblé stupéfier la plaignante, qui s’est d’abord contentée de répéter «Oh mon Dieu !» à trois reprises, avec une insistance croissante.
Lorsque l’avocate de la défense a répété sa suggestion, la plaignante a répondu: «Absolument pas.»
«Je vais vous dire: vous n’étiez pas là ce soir-là, a poursuivi la femme. Si vous pensez que c’était un acte consenti — se faire déchirer ses collants, être maintenue au sol et pénétrée — si vous pensez que c’était consensuel, wow… C’est choquant.»
Stronach fait face à de multiples accusations liées à des incidents présumés qui remontent aux années 1970. Il a plaidé non coupable de toutes les accusations.
L’homme d’affaires, âgé de 93 ans, a été inculpé de 12 infractions liées à 7 plaignantes. Le ministère public a depuis abandonné une accusation de séquestration et cherche à retirer une accusation d’agression sexuelle, estimant qu’il n’existe plus de perspectives raisonnables de condamnation.
Ces deux accusations concernent la même femme, la sixième plaignante à témoigner. L’identité des plaignantes est protégée par une ordonnance de non-publication.
La défense a plaidé l’acquittement de Stronach pour l’accusation d’agression sexuelle. Le tribunal devrait réexaminer la question une fois que la Couronne aura terminé la présentation de ses éléments de preuve.
Interrogée sur ses intentions
La femme qui a témoigné mardi a été interrogée sur ses intentions et ses échanges durant son rendez-vous avec Stronach, ainsi que sur ce qu’elle a raconté à ses amis par la suite.
Dans une déclaration faite à la police en 2024, la plaignante a affirmé qu’elle avait accepté de se rendre à l’appartement de Stronach, situé au bord de l’eau, pour prendre un dernier verre et éventuellement parler affaires.
«Ce que je vais vous suggérer, c’est que vous ne retourniez pas chez M. Stronach avec lui en tant que secrétaire de 24 ans pour parler affaires ou finances», a avancé Me Shemesh mardi.
La plaignante ne se souvenait pas s’ils avaient effectivement discuté affaires, mais a déclaré que c’était la seule chose dont ils auraient pu parler, car c’était leur seul «point commun».
«Ce qui est également commun, c’est que vous étiez une jeune femme de 24 ans très enthousiaste à l’idée qu’un homme riche vous ramène chez lui», a répondu l’avocate.
La plaignante, aujourd’hui âgée de plus de 60 ans, a rétorqué qu’elle ne voyait pas en quoi cela était pertinent.
«Peu importe que j’étais enthousiaste et peu importe que je lui ai parlé de Gengis Khan, de finance, d’affaires ou de quoi que ce soit d’autre. Ce qui importe, c’est qu’il m’a violée», a-t-elle fait valoir.
«Ce qui importe, c’est pourquoi vous êtes retournée dans son appartement», a continué Me Shemesh.
La femme a commencé à témoigner lundi, racontant une rencontre qui, selon elle, a eu lieu en 1982 ou 1983 — bien qu’elle ait admis lors du contre-interrogatoire que cela aurait pu se produire dès 1980.
Elle avait rencontré Stronach au Rooney’s, le restaurant et lieu de vie nocturne dont il était propriétaire, et avait accepté son invitation à dîner, a-t-elle expliqué. Il est venu la chercher à son appartement un soir de semaine environ une semaine plus tard, puis l’a conduite dans un restaurant au bord de l’eau.
Après le repas, Stronach lui a demandé si elle voulait prendre un dernier verre dans son appartement, situé dans un immeuble relié au restaurant, a-t-elle continué.
Une fois à l’intérieur, il l’a embrassée sur le canapé, mais elle l’a repoussé, a-t-elle témoigné. Stronach l’a ensuite conduite dans une pièce ressemblant à un salon et l’a tiré sur un lit de camp, a-t-elle déclaré. La femme a expliqué qu’elle l’avait suivi à contrecœur, pensant qu’elle pourrait gérer la situation en l’embrassant un peu avant de rentrer chez elle.
À un moment, Stronach a commencé à essayer de remonter sa robe, et la femme a affirmé lui avoir dit non.
Stronach a alors déchiré ses collants à l’entrejambe, et la femme a réalisé qu’elle ne pourrait pas l’empêcher d’arriver à ses fins, a-t-elle témoigné. Il a défait sa braguette et l’a pénétrée alors qu’elle sanglotait doucement, a-t-elle poursuivi.
Lors du contre-interrogatoire mardi, Me Shemesh a demandé à la femme si elle avait donné à M. Stronach une indication de ce qu’elle pensait en se rendant à la chambre.
La plaignante a répondu que non, du moins pas qu’elle s’en souvienne.
«Il est juste de dire que vous et lui n’avez eu aucune discussion sur le chemin de la chambre et que vous vous en souvenez», a avancé Me Shemesh.
«Il semblait très déterminé à y aller», a indiqué la femme.
«Et donc, à aucun moment, vous n’avez lâché sa main, fait demi-tour et regagné la pièce principale?» a demandé l’avocate.
«Je ne l’ai pas fait.»
Elle n’a pas non plus mentionné vouloir rentrer chez elle à ce moment-là, a-t-elle confirmé.
Me Shemesh a également suggéré que la femme avait ensuite confié à une amie qu’elle pensait sortir avec Stronach, ce que la plaignante a nié.
«Je ne crois pas que j’aurais dit à qui que ce soit que je sortais avec cette personne après ce qui s’est passé», a affirmé la plaignante.
Me Shemesh lui a demandé pourquoi elle n’avait pas appelé son amie pour qu’elle vienne la chercher, faisant remarquer que cette dernière lui avait déjà servi de conductrice désignée et était venue la chercher après une soirée.
La femme a répondu que cela ne lui était pas venu à l’esprit. Lorsque Me Shemesh a suggéré que c’était parce qu’elle n’avait pas besoin d’être «secourue», la plaignante a expliqué qu’elle était «traumatisée».
Elle a également été interrogée sur d’éventuelles poursuites civiles et sur les avocats qu’elle avait consultés avant de contacter la police.
Lors d’une réunion avec les procureurs l’année dernière, la femme a mentionné qu’elle ne voulait pas être oubliée si Stronach venait à mourir, a indiqué la défense avant de lui demander si elle faisait référence à sa succession.
«Ce n’est pas une question d’argent, c’est une question de ne pas être oubliée en tant que victime», a expliqué la femme, ajoutant qu’elle n’avait pas encore décidé si elle allait intenter une action civile.
