L’anecdote typique

Stéphane Lamanna
L’anecdote typique
(Photo : courtoisie Stéphane Lamanna)

CHRONIQUE. C’est connu, c’est classique, les pêcheurs vous raconteront leurs anecdotes les plus fantastiques ou irréelles, avec des poissons monstres ou des pannes de moteur désastreuses, c’est pareil pour les cueilleurs !

 Le monde idéal

Comme tous les cueilleurs, je rêve d’aboutir sur « LA » talle où je pourrais cueillir les champignons sans devoir sauter des ruisseaux, marcher dans les savanes, enjamber les arbres tombés, me débroussailler une voie à travers les branches des arbres, m’enduire les vêtements et les mains de gomme et de résine des conifères. Cet endroit de rêve serait accessible directement en sortant de la camionnette, sur un terrain sans dénivelé, et par une journée fraiche et ensoleillée, sans moustique.

J’y remplirais des caisses et des caisses de beaux champignons arrivant à maturité, sans aucune larve, limace ni insecte, et je pourrais remplir la boite de la camionnette en faisant de très courts partages. Je reviendrais à la maison sans avoir sué une seule goutte, sans égratignure, sans piqûres et je n’aurais perdu ou abimé aucune pièce d’équipement.

Tous les champignons que j’aurais trouvés seraient comestibles, ils ne s’abîmeraient pas dans le transport, n’auraient pas d’épine, pas de feuille, pas de terre ou sable de collé sur leur chapeaux, et ils seraient d’une très bonne valeur commerciale…

La réalité des cueilleurs

Dernièrement, Martine X et moi sommes allés rejoindre nos amis Alain Y et Nancy Z, en forêt pour y prospecter les champignons. C’est une histoire véridique et seuls les noms ont été changés pour préserver leur anonymat. 😉

C’était une journée de la fin d’août, nuageuse et très humide. Le paysage était féérique, montagnes et falaises rocheuses, lacs et cours d’eau étaient « édredonnés » d’un très bas nuage, presqu’un brouillard qui se frottait le bedon sur le haut des montagnes.

En arrivant sur place, il se mit à tomber un léger crachin. Nous retrouvons nos amis et nous descendons les VTT de la remorque, garons la camionnette en bordure de la route, et transférons le matériel de cueillette, les victuailles, les paniers et bacs pour rapporter notre butin.

Nous partons donc, à quatre, pour dénicher les talles imaginées ci-haut.

La Randonnée matinale

Plus loin, on se gare dans un sentier qui se refermait devant nous et commençons à marcher en forêt. Plusieurs amanites tue-mouche, des petits champignons à lames sans valeurs (car ils étaient sans chair), des polypores à l’agonie, des russules entamées par les écureuils. Rien de très émouvant, mais comme il n’avait pas plu depuis plusieurs semaines et qu’une bonne averse était tombée l’avant-veille, c’était encourageant de trouver des carpophores, même sans valeur.

On a fait un petit bout de VTT pour changer de type d’écologie, en recherche de sous-bois de conifères ou de plantations. Il s’est mis à pleuvoir doucement et les rameaux des arbres nous protégeaient. Puis l’averse tomba plus drue, perçant la canopée et mouillant nos vêtements.

L‘humidité extrême

L’endroit était trop humide, nous avions l’impression de marcher sur des éponges, sqwish sqwish…

Je décide de faire faux bond aux copains en traversant le grand chemin pour gagner l’autre versant, qui devait recevoir moins de soleil. Nous recherchions surtout les versants Nord, qui demeurent plus humides et frais en été. Là aussi, rien à trouver si ce n’est que deux vieux lactaires à odeur d’érable en morceaux.

Outil non fonctionnel

Il pleut de plus en plus, et mon couteau de prédilection ne sert plus à rien. L’Opinel #8 spécial a son manche fabriqué de bois et l’humidité, que dis-je, la pluie l’a fait renfler à un point tel où je n’arrive plus du tout à l’ouvrir. Heureusement (c’est une bonne leçon à retenir) j’avais un second couteau moins sophistiqué, fabriqué de plastique, qui me sauva la tâche.

Comme c’est l’habitude, on marche en forêt, sinueusement, on regarde partout, et nulle part, et le banc de brouillard est descendu à notre niveau, du coup, je suis perdu. Pas la peine de m’affoler, je ne suis pas très loin, 200 à 300 mètres tout au plus. Je sors mon petit sifflet-boussole-thermomètre-loupe pour retrouver le nord, je regarde le GPS, il me faut aller en direction Nord-Est.

Bottes inadéquates

Je marche et m’enfonce lentement dans un épais couvert forestier. Normalement, je porte des grandes bottes d’eau avec des feutres. Cela me permet de marcher dans l’eau, la neige, et je les porte été comme hiver. Mais ce matin, j’avais mis des bottes de cuir à cap et semelles d’acier, avec des lacets. Or elles étaient complètement mouillées, pesantes et les lacets s’agrippaient à tout ce qui s’offrait à eux.

J’étais rendu tout près des autres. J’entendais leur voix. J’avais moins de 30 mètres à faire, la ligne droite me semblait la plus courte, mais les sapinages étaient tellement denses, tellement serrés, qu’il m’était impossible de voir mon sac banane, ni le bout de mes bras. Les épines étaient toutes chargées à bloc d’eau de pluie et je prenais littéralement une douche en marchant. Mes lacets m’empêchaient d’avancer les pieds (une autre bonne leçon à retenir pour moi), et bien que je trébuchais, je ne touchais pas le sol en tombant, tellement la forêt était dense.

Inconfort total

Enfin, je sors de cette broussaille et me voilà complètement détrempé, de la pointe des cheveux jusqu’aux orteils. On rit de moi, car mes vêtements synthétiques (qui sèchent rapidement) sont à tordre. Ouf… Il pleut toujours et c’est l’heure du dîner.

Une bonne solution de repli

Pendant le repas, on en profite pour tordre bas, pantalons, t-shirts, chapeaux, et heureusement que j’avais apporté un rechange dans un ziploc, j’ai pu diner au sec.

Il faisait très humide mais la pluie avait cessée en après-midi. Comme mes bottes étaient inutilisables, on est retourné au véhicule (le chalet est de l’autre côté du lac) pour prendre ma paire de bottes d’eau qui était sèche.

Un miracle se produit

En me penchant pour enfiler mes bottes sèches, je remarque un petit groupe de 4 bolets, puis un autre groupe de 6…et on se met à regarder autour de l’aire où nous étions stationné, bingo… C’était plein de bolets à pieds glabrescents, et même un gigantesque Cèpe d’Amérique.

Ça y est ! La talle idéale tout à côté du camion, sur terrain à plat, sans moustique, ni pluie, entre les résineux… On a rempli les deux paniers d’osier qu’on avait.

Plutôt que de retourner en forêt, on décida de se la couler douce en retournant préparer ces champignons au chalet. On a décidé de sonder l’arrière du chalet. À seulement 5 mètres, des bolets bicolores, des bolets bleuissants se sont retrouvées dans le panier d’osier. Il y avait aussi des bolets non-identifiés, des russules de Peck, d’autres russules, et une panoplie de tout petites espèces sans intérêts pour le poêlon.

Un Festin sans exagération

Nous avons coupé en petits morceaux une grande majorité des trouvailles, pour ne conserver qu’une quantité raisonnable pour le souper. Rappelons le conseil avisé : ne consommer qu’une petite portion de champignons à la fois (surtout avec lorsque c’est la première fois). La valeur de la paume de votre main est bien assez pour une portion cuite.

En conclusion

Ce fut une belle journée. Bien sûr, pluies, marais, pentes abruptes, résines et épines nous auront fait la vie difficile, mais le souvenir du bonheur de découvrir ces beaux champignons est suffisant pour tout oublier le reste.

Les leçons et la morale de l’histoire

  • Avoir des outils de différents types peut aider à faire face à toutes les éventualités
  • Avoir des équipements pour retrouver son chemin est nécessaire
  • Avoir des vêtements et bottes de rechange assurent le confort
  • Être plusieurs ensembles peut aider à faire face aux éventualités
  • On trouve souvent où on ne cherche pas
  • Il faut avoir des solution pour conserver les champignons qu’on ne consomme pas sur le champ

 

Vos anecdotes

J’aimerais bien vous entendre me raconter votre meilleure anecdote de cueillette et éventuellement, organiser une soirée de délire collectif, pendant un festin forestier ! Envoyez la à Mailto :lamanneamenoum@gmail.com

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Stéphane Lamanna est un mycologue amateur de Grandes-Piles et membre du Cercle des mycologues de Lanaudière et la Mauricie.  Au fil de ses chroniques, il souhaite partager sa passion de l’étude des champignons et de leurs propriétés insoupçonnées.

 

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