La cueillette des pelouses

Stéphane Lamanna
La cueillette des pelouses
Un shiro de marasmes des oréades, formation circulaire s’agrandissant d’année en année. (Photo : Photo Fernand Miron)

CHRONIQUE. En cette période de début d’été, la chaleur est enfin au rendez-vous. Les morilles sont arrivées en retard cette année et elles ont laissé la place aux quelques espèces qui poussent en fin juin et début juillet : les champignons de pelouses.

Je vais énumérer quelques espèces dans les paragraphes suivants. Voici les catégories d’informations.

En premier, pour chaque espèce présentée, il y aura le nom français, ensuite, le nom latin entre crochets [avec parfois des noms synonymes latins], ensuite une considération humoristique ou un indice plus précis quant à son biotope de prédilection en précisant les périodes les plus fructueuses de l’année pour en trouver et enfin, une indication de comestibilité (champignon mortel, toxique, mauvais, comestible, bon, excellent) avec quelques compléments d’information.

Les agarics des jachères [Agaricus arvensis]: ils commencent sous forme de boules de neige dans les gazons, puis s’étalent en pâte à pizza, en dégageant une petite odeur d’anis. Ils aiment les sols riches des milieux herbeux ouverts, des pâturages, des clairières. Vous en trouverez de juin à octobre. C’est un très bon comestible, mais ce champignon cause parfois des troubles gastriques chez certaines personnes.

Les marasmes des oréades [Marasmius oreades]: «boutons de guêtre», «faux mousserons», «mousserons d’automne», «pieds-durs». Leur pied est caoutchouteux, on peut les tordre sur eux-mêmes et ils reviendront à leur naturel sans se briser. Ils poussent en shiros (cercles ou arcs-de-cercle) aussi appelés «ronds de sorcières». On en trouvera tout l’été jusqu’en octobre. En automne, alors que les feuilles commencent à joncher les pelouses, ils peuvent être confondus avec les clitocybes des feuilles (Clitocybe phyllophila) qui sortent alors et qui sont très toxiques de par la muscarine qu’ils contiennent – la même toxine que dans les amanites tue-mouche.

Les coprins micacés [Coprinus micaceus]: vous les reconnaîtrez par les petits ornements brillants qu’ils ont sur leurs chapeaux, d’où leur qualificatif tiré de mica. En vieillissant, leurs chapeaux laisseront couler de leurs lames une encre, tout comme leurs grands cousins, les coprins noir d’encre. Il faut les manger au premier stade, bien frais, bien avant l’apparition de l’encre. Leur goût n’est pas vraiment excitant et il n’est pas recommandé d’en consommer avec de l’alcool quelques heures avant et après leur ingestion. Pourquoi risquer sa santé pour un petit champignon sans goût?

Les psathyrelles de Candolle [Psathyrella candolleana, synonyme Hypholoma candolleanum] : elles poussent aussi dans l’herbe, les pelouses et les pâturages de mai à septembre. C’est une espèce comestible préférablement à éviter pour les débutants car il y a beaucoup de risques de confusion avec d’autres espèces toxiques. Elles ressemblent beaucoup aux coprins micacés, par ailleurs. Elles entrent dans la recette du plat national des Haïtiens, le riz djo-djo.

Les psathyrelles pleureuses [Lacrymaria lacrymabunda, synonyme Lacrymaria velutina] : ce sont les cousines des psathyrelles de Candolle mais en version plus charnues, avec des pieds creux et des dessus de chapeau à motif granuleux. Il est facile pour un débutant de les confondre avec d’autres espèces toxiques mais une fois assuré de bien les reconnaître, on aura beaucoup de plaisir à les manger après les avoir fait sauter à la poêle!

Les clitocybes squamuleux [Infundibulicybe squamulosa]: ceux-ci ne poussent que dans les sous-bois de pins rouges et adorent décomposer les aiguilles de ces conifères. Crus, ils ne sentent pas grand-chose sinon un peu la farine. On en rencontre souvent de juin à octobre, mais préférablement entre la Saint-Jean et la Fête du Canada. Ce sont de bons comestibles, qu’on appelle « têtes-de-moine» en France.

Les strophaires rouge-vin  [Stropharia rugosoannulata, Naematoloma rugosoannulatum]: ce sont d’excellents composteurs de copeaux et matières au sol (paillis, parcs, pâturages). Ils adorent décomposer la litière de bois de feuillus. Ils poussent lentement et sont souvent appelés les géants des jardins, car leur taille peut devenir monstrueuse. Comestibles de choix lorsque jeunes, on en cueille encore et encore, de juin à octobre – une saison vraiment très allongée pour une seule et même espèce, dans le monde des champignons!. Ne pas en consommer plus de trois jours de suite, car ils paralysent la digestion.

Les agrocybes précoces [Agrocybe praecox, Pholiota praecox]: ils aiment décomposer la litière de bois de conifères ou toute matière organique morte laissée au sol par les conifères. Ils sont communs de juin à juillet, rarement après. Ils sont amers si on commet l’erreur de les goûter crus, mais très supérieurs à leur réputation de comestibles sans valeur avec leur bon goût de noisette, une fois cuits.

Les polypores en ombelles [Cladomeris umbellata, Polyporus umbellatus, Dendropolyporus umbellatus]. Ils semblent vouloir nous dire: «Je suis un revenant… j’y étais l’an passé et je reviendrai l’an prochain, à la même période…». Vous les trouverez aux pieds des grands chênes les deux premières semaines de juillet. Ils sont gros et délicieux. Ils peuvent être confondus avec les polypores en touffes [Grifola frondosa] alias maïtakés, pieds-de-griffon ou poules des bois qui sont aussi délicieux, voire plus succulents encore mais les polypores en ombelles ont des chapeaux jaunes alors que les pieds-de-griffon ont des chapeaux gris et poussent généralement plus tard, à partir du milieu du mois d’août. Ils sont tous deux spectaculaires et aussi, médicinaux.

J’aimerais rappeler à tous mes lecteurs de ne pas «manger pour voir»… de ne pas tenter le diable… de ne pas vous improviser mycologue. Moi-même, quand je cueille, je cherche… je lis, je relis, je regarde, je fais une sporée pour en voir la couleur… et je jette à la poubelle tout champignon qui me rend perplexe à moins d’être TOTALEMENT ASSURÉ À 150% que j’ai vraiment bien identifié un bon comestible. Seulement dans ce cas, j’en mange une très petite quantité pour voir si j’ai une réaction. Je mange une seule espèce lorsque c’est ma première expérience, afin de savoir si je suis tolérant ou intolérant.

J’écris ces chroniques pour vous renseigner et piquer votre curiosité. J’essaie de vous donner les indications qui rendent la chasse aux champignons aussi ludique, tout en vous mettant sérieusement en garde.

L’engouement actuel pour la cueillette forestière atteint des sommets sans précédent au Québec. Je rencontre malheureusement encore trop souvent des gens qui se sont essayés à manger des champignons qu’ils ne connaissaient pas! Ils ne savent pas la chance qu’ils ont de pouvoir me le raconter.

Avec ces informations et conscientisations, chacun de vous a suffisamment été mis en garde afin d’éviter toute intoxication cette année!!

Je vous reviens bientôt, en espérant que la température sera moins suffocante! Une chance, il fait toujours plus frais sous le couvert forestier.

***

Références :

https://www.mycoquebec.org

https://champyves.pagesperso-orange.fr

https://fr.m.wikipedia.org/

https://fr.mycomauricie.com/champignon/marasme-des-oreades

The fungal pharmacy, Robert Rogers, ISBN 976-1-55643-953-7

Avec la complicité de M. Yvan Perreault du Jardin des Noix.

 

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