Denis Carpentier: sur la ligne de feu depuis 52 ans

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Par Bernard Lepage
Denis Carpentier: sur la ligne de feu depuis 52 ans
Denis Carpentier a suivi les traces de son père Rosaire qui a agi comme pompier durant une trentaine d'années à Saint-Tite. Lui-même a également inspiré son fils Francis qui agit aujourd'hui comme chef à la Régie des incendies du Centre-Mékinac. (Photo : L'Hebdo / Bernard Lepage)

PASSION. La vocation, c’est avoir pour métier sa passion écrivait Stendhal. Voilà sans doute ce qui décrit le mieux Denis Carpentier

Avec plus de 52 ans à combattre des incendies, le résident de Saint-Tite est sans doute le pompier comptant le plus d’années d’expérience en Mauricie, sinon au Québec. C’est en suivant son père Rosaire, pompier également, que Denis Carpentier a attrapé la piqûre à l’adolescence.

«J’allais fouiner comme on dit, se rappelle l’homme de 70 ans. Un jour, il y a avait un incendie et mon père était en vacances. Il manquait de monde et le chef qui me voyait souvent m’a lancé: »Ça te tente-tu d’être pompier? Monte sur le truck pis habille-toi! » C’est comme ça que tout a commencé à 18 ans», sourit-il.

À ses débuts en 1967, la brigade de Saint-Tite travaillait avec un International 1957 sur lequel étaient entreposés les habits de pompiers. «On avait aussi converti un ancien camion anglais de l’armée. Ça pesait trois tonnes pis ça avait un commandement aux quatre roues. Le volant était à droite pis au centre, tu avais trois bras: un pour les vitesses, un autre pour embrayer les quatre roues et un plus petit qui servait de starter. Il n’y avait pas grand monde qui voulait le conduire», ajoute celui qui a agi aussi comme policier municipal de 1973 à 1988.

Denis Carpentier a suivi les traces de son père Rosaire qui a agi comme pompier durant une trentaine d’années à Saint-Tite. Lui-même a également inspiré son fils Francis qui agit aujourd’hui comme chef à la Régie des incendies du Centre-Mékinac.

Quatre téléphones rouges

À l’époque, Denis Carpentier se rappelle qu’il était rémunéré environ 2$ de l’heure pour combattre les incendies. «Dans le temps, les pagettes n’existaient pas. Il y avait quatre téléphones rouges: un chez le chef et les trois autres chez des pompiers. Chacun avait sa liste à appeler. Puis le premier pompier qui arrivait à la caserne devait sonner l’alarme qui était dans la tour de séchage des boyaux.»

Tous les incendies sont à risque, mais au fil des cinq dernières décennies, l’un d’eux a particulièrement marqué notre homme. «C’était à la quincaillerie Frigon et le propriétaire demeurait au deuxième étage. J’avais été à l’école avec son fils qui me criait que son père était en haut. La grosse boucane noire sortait des châssis pis les vitres en bas faisaient le rond. Je lui ai dit que je ne pouvais pas risquer la vie de deux ou trois gars, que son père était probablement déjà décédé. Comme pompier, tu as des décisions difficiles à prendre, mais tu n’as pas le choix.»

Aujourd’hui, Denis Carpentier n’est plus sur la ligne de front comme auparavant, mais agit plutôt en support en conduisant le camion d’urgence, en apportant les équipements spécialisés ou remplir les bonbonnes d’air. «Ça me manque des fois mais j’ai 70 ans, reconnaît-il. Mais l’expérience, ça ne s’apprend pas dans les livres, mais sur le plancher. Alors, comme je suis plus en retrait, je vois des choses et je vais parfois donner des conseils aux plus jeunes.»

Il dit vouloir continuer aujourd’hui parce que la cinquantaine de pompiers de la Régie des incendies du Centre-Mékinac forme une famille soudée. «L’atmosphère est bonne. Avant, on nous appelait des »sauveux de solage » parce que les maisons brûlaient au complet, mais aujourd’hui, on a des équipements et les pompiers sont mieux formés. Ça nous permet d’intervenir efficacement», termine-t-il.

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