L’histoire d’une église en 24 images par seconde

Photo de Stéphanie Paradis
Par Stéphanie Paradis
L’histoire d’une église en 24 images par seconde
L'artiste Suzie Bergeron (Photo : Stéphanie Paradis)

EXPOSITION. Suzie Bergeron fait de l’animation depuis 10 ans, mais depuis trois ans, elle concentre ses activités au stop motion, ou l’animation image par image. Son tout dernier mandat lui a été confié par le Vieux presbytère de Batiscan afin qu’elle raconte l’histoire de son église de manière unique, en allant au-delà de la simple mention de faits historiques. C’est tout un défi pour l’animatrice, car il n’existe aucune image ou gravure de ladite église.

«Où est l’église s’il y a un presbytère?» C’est à cette question que répondra Suzie Bergeron dans une animation en stop motion qui sera projetée dans une fenêtre du Vieux presbytère qui donne directement sur l’ancien emplacement de l’église.

Une fenêtre de presbytère est un format de travail particulier pour la Trifluvienne, car elle est habituée de travailler en 16:9. Comme il s’agit d’une porte-fenêtre, un cadre de bois passe à la verticale entre les deux vitres, ce qui ajoute à la complexité du projet. «Il y a quand même de quoi de le fun, c’est que tu peux cacher quelque chose entre les deux, et tu peux utiliser les deux [vitres] comme deux écrans différents. Il faut jouer avec la contrainte, tout le plaisir est là! Il y a moyen de jouer avec ça. La contrainte, c’est le moteur», révèle l’artiste.

Une autre grande contrainte pour Suzie est que l’église est vue de dos à partir de la fenêtre du presbytère. «C’était ma plus grosse contrainte. Il faut que ce soit esthétique, une église de dos! Au niveau composition, c’était le plus compliqué».

L’église, elle a dû se l’imaginer et la construire avec les informations qu’elle a pu retirer de recherches historiques et de lectures arides de documents notariés de l’époque de la Nouvelle-France, bien sûr rédigés à la main en ancien français. «L’église a été finie de bâtir en 1708. Il n’y avait rien pour savoir de quoi elle avait l’air. Il existait juste des maquettes qui avaient été faites par une société d’histoire locale, mais qui n’étaient pas tout à fait ce que ça devait être».

C’est dans ces documents qu’elle a pu colliger les informations nécessaires à la reconstitution de l’église. Proportions de l’église (comme la hauteur du clocher et du toit), matériaux de fabrication (chaume, bardeau de cèdre) et date de construction de la sacristie sont entre autres des éléments qu’elle a pu découvrir dans ses lectures. Les informations abondaient, mais c’était de les rassembler qui était le plus difficile, en plus de la nomenclature qui n’était pas uniforme d’un auteur à l’autre.

La fascination du papier

Une minute et demie d’animation représente quatre mois de travail. Car en plus du travail d’animation et de recherche, Suzie Bergeron doit fabriquer tous les éléments qu’elle animera. La maquette de l’église à elle seule, cœur de l’animation, représente un mois de construction minutieuse.

«Je travaille avec du papier, mais sous le papier il y a généralement de l’acier. Il faut être capable d’animer les choses; il faut donc concevoir des pièces et les souder selon les mouvements dont on a besoin. L’église, en fait, il y a des armatures partout à l’intérieur, parce qu’elle se transforme et se construit [dans l’animation]. Ça ne parait pas, mais il y a des aimants dedans pour qu’elle puisse se monter et se démonter, et que tout se replace au bon endroit. Il faut vraiment être précis dans tout ça. Chacun des déplacements est déterminé à l’avance», explique Suzie.

«L’animation, c’est de la résolution de problèmes. Par exemple, je détermine que l’église va partir du sol et qu’elle va se former à partir du fond. Cool. Maintenant, comment on le fait?
Comment je fais pour la lever? C’est une suite de résolutions de problèmes», explique-t-elle.

Avec sa petite église, Suzie Bergeron se qualifie de «petite charpentière-menuisière». «La job est la même! J’ai quand même posé du bardeau pendant deux jours et demi! C’est la même job, mais avec des pinces d’horloger», illustre-t-elle.  Elle a en effet conservé ses outils d’horlogerie qui lui permettent un travail plus que précis après qu’elle ait suivi un cours en horlogerie pour faire de la micromécanique d’animation. C’est d’ailleurs dans un studio d’animation en Espagne qu’elle a effectué son stage.

«Il y a quelque chose de fascinant à voir le papier se façonner. Je pense que ça fonctionne bien avec le spectateur», conclut Suzie.

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Agathe Deschesnes
Agathe Deschesnes
2 années

Très intéressant. J’ai hâte de voir