Francis Tessier : l’environnement et le bien-être animal au cœur de la ferme familiale

Le prix de l’année pour la Relève agricole a été remis à Francis Tessier de la Ferme Fertylis de Sainte-Thècle lors de la dernière Soirée des gens de terre et saveurs. La Fédération de l’UPA Mauricie estime que ce dernier incarne une relève agricole inspirante et qu’il force l’admiration par sa détermination et son ingéniosité.

La Ferme Fertylis en est une de troisième génération. On y trouve 30 vaches laitières et 360 acres en culture. Francis a pris la relève il y a un peu plus de 15 ans, mais il était impliqué dans les opérations de la ferme dès son enfance.

“ Je suis né là-dedans. Quand j’étais tout petit, à partir de 9 ans, la fin de semaine, on faisait le gazon, on nettoyait le poulailler, on nourrissait les veaux. On a appris tôt à travailler. C’était un rythme de vie. ”

La mère d’un de ses amis trouvait bien épouvantable le fait qu’il devait laisser en plan ses compagnons le temps d’aller accomplir une tâche.

“ Elle m’avait dit que je n’avais pas une vie d’enfant. Oui, j’ai une vie d’enfant. C’est juste que je passe l’ouvrage avant. Je n’ai jamais été déçu de cette vie-là. J’ai tout le temps été bien content de m’asseoir sur le tracteur. C’est moi qui fanais, qui raclais. J’aimais autant mieux ça, être sur le tracteur, que d’aller m’amuser. ”

Son parcours

Il amorce ses études à l’Institut de technologie agroalimentaire du Québec à Saint-Hyacinthe en 2005.

“ Je suis revenu ici en 2007 comme employé, si on veut. Je suis devenu actionnaire en 2009. On a fait des rénovations dans l’étable. J’ai agrandi avec mon père. Après ça, tranquillement pas vite, on a fait des modifications jusqu’à aujourd’hui. ”

En juin 2023, le père de Francis apprend qu’il est atteint d’un cancer qui l’emportera beaucoup trop rapidement, en janvier suivant.

“ Il s’occupait des champs, des réparations, c’était sa job. L’étable, c’est moi qui m’en occupais. On prenait les décisions à deux. Par exemple, on regardait les semences ensemble, mais la décision finale, c’est un peu lui qui la prenait. Là, du jour au lendemain, j’ai eu à prendre les décisions complètes dans les champs. ”

Devant la charge de travail imposante, la conjointe de Francis, Aurélia Clément, a abandonné son emploi de technicienne pour se consacrer à la ferme avec lui.

“ Elle a pris le troupeau complet et les ressources humaines, et moi, la réparation de machinerie et les champs, un domaine dans lequel j’étais plus observateur que meneur. Je suis quelqu’un de méticuleux, mais je manque un peu de compétences pour arriver à faire tout ce que je veux faire. ”

Environnement et bien-être animal

Pour Francis, exploiter une entreprise agricole doit absolument se faire en posant les actions les plus judicieuses pour l’environnement.

“ Je ne veux pas m’en aller bio parce que c’est trop compliqué, trop lourd, il y a trop de charges, mais j’aime ça dire que je suis dans une agriculture raisonnée. Utilises-en le moins possible (des herbicides). Mon père était comme ça, et je veux être comme ça. Le moins possible, ça va être le mieux. J’ai une responsabilité pour aider l’environnement au maximum de mes connaissances, de mes compétences. J’en ai fait un cheval de bataille, mais mes parents étaient déjà là-dedans pas mal. ”

La technologie d’aujourd’hui peut appuyer la créativité et la débrouillardise de Francis lorsqu’il cherche de nouvelles façons de réduire l’utilisation d’herbicides.

“ Le gouvernement veut qu’on arrose sur maximum 30 % de la superficie. Je me suis acheté un drone. J’ai fait des orthophotos, on les rassemble, ça nous donne une mappe qu’on passe dans un logiciel. Le but, c’est de trouver les mauvaises herbes et de lui dire : dans un champ de 100 hectares, donne-moi les 30 hectares les plus affectés. C’est eux que je vais travailler. Ça réduit notre charge d’herbicide. Pour ce qui est du blé, l’avoine, les petites céréales, ça fonctionne, c’est viable. Mais pour le soya, ça ne l’est pas. C’est décevant parce que je pensais emmener ça dans toutes mes cultures. ”

Depuis plusieurs années, Francis intègre différentes pratiques qui rendent sa ferme plus verte : travail réduit du sol, cultures de couverture, engrais verts, bandes riveraines élargies, haies brise-vent, et tout dernièrement, le semis direct (ou culture sans labour).

“ On n’a pas acheté le semoir encore, mais on a un voisin qui nous donne accès à sa machinerie. Cet été, j’ai fait 10,6 hectares de semis directs parce que ça s’y prêtait bien. On aimerait en faire plus, mais il y a des techniques qu’il faut bien respecter. ”

Il faut aussi savoir se servir de certains programmes bénéfiques pour l’environnement.

“ Les haies brise-vent, c’est subventionné à 90 %. Pourquoi s’en passer ? On l’a fait l’année passée. Les oiseaux sont revenus. La faune, la flore, ça revient tranquillement. Ça ramène des animaux qu’on ne voyait plus. Quand j’étais petit, il y avait beaucoup de faucons pèlerins. Là, on en a un, deux, ça revient. Les gros trembles, ça fait presque 15 ans qu’ils sont plantés, ils sont rendus gros. Il y a plein de moineaux là-dedans, des hirondelles. Je suis content de voir ça. J’ai l’impression que je participe à quelque chose de plus grand que moi. Ces moineaux-là, ils font partie de l’écosystème. ”

Au niveau du bien-être animal, Francis et un de ses amis ont notamment entrepris la construction d’un dôme de 50 pieds x 72 l’automne dernier.

“ On l’a fait plus grand, mais on a rajouté les taures. L’été, elles vont avoir accès au pâturage, à l’herbe, elles vont avoir tout le temps du foin disponible au pâturage quand il n’y aura plus d’herbe. S’il y a des mouches, elles rentrent, elles ont un ventilateur, de la moulée soir et matin, l’eau est là. L’hiver, les animaux aiment ça aller dehors. Les journées où il fait soleil et qu’il ne fait pas trop froid, elles aiment mieux être dehors qu’en dedans. ”

Papa d’un jeune garçon, Francis voit en lui une possible quatrième génération pour garder la ferme familiale.

“ Ça fait trois générations qu’on monte l’étable. Mon père a réussi à la mettre debout. Il a refait les murs. Moi, j’ai refait la coquille en dedans. Peut-être que mon jeune, il va faire autre chose. Mais c’est du long terme. On travaille tranquillement. On finit par réussir à bâtir de quoi. ”