Tarifs douaniers et gestion de l’offre au menu 

AGRICULTURE.  Entamant sa 4e année comme président de l’Union des producteurs agricoles (UPA) du Québec, Martin Caron prévoit une année tumultueuse en 2025 avec les menaces des tarifs douaniers de Donald Trump, la perspective d’une renégociation hâtive de l’ACEUM (Accord Canada-États-Unis-Mexique) et des élections fédérales.

“Au Québec, ce sont 68% de nos produits agroalimentaires qui sont exportés aux États-Unis. Ce n’est quand même pas rien le lien d’affaires que nous avons avec les Américains”, s’inquiète Martin Caron à propos de l’intention du président Trump d’imposer un tarif de 25% aux produits canadiens qui traversent la frontière dès le début du mois de mars.

Au Québec, la production porcine, le sirop d’érable et les produits maraîchers sont le plus à risque dans cette guerre à venir.

“Environ 50% de nos produits maraîchers sont exportés aux États-Unis. Et là, on parle de matières périssables. Ce n’est pas évident dans ce contexte de trouver de nouveaux marchés du jour au lendemain. Sinon, il faudra les transformer chez nous, mais cette alternative amène d’autres enjeux et d’autres défis”, poursuit le président de l’UPA.  

Comme bien des experts, Martin Caron est dubitatif devant les agissements du président américain avec ses tarifs douaniers et la déportation des immigrants illégaux. “Il promet de diminuer l’inflation et le coût de la vie, mais il va faire exactement le contraire avec ses politiques. Et les illégaux aux États-Unis, c’est dans les champs et la transformation agroalimentaire qu’ils travaillent.”

Protéger la gestion de l’offre

À propos d’une possible renégociation hâtive de l’ACEUM, prévue à l’origine en 2026, le producteur laitier et céréalier de Louiseville prévient que le système de gestion de l’offre doit en être exclu.

“Les brèches qui ont été faites dans le passé ont eu des impacts et il faut que ça cesse. Nos producteurs n’ont pas parti des entreprises agricoles pour avoir des compensations de nos gouvernements. Le système de la gestion de l’offre permet à nos producteurs de vivre de leur métier”, plaide Martin Caron.

Au Québec, c’est environ 40% du secteur agricole qui est protégé par ce système qui prévoit un arrimage entre l’offre et la demande pour le lait, les œufs et la volaille.  

Un projet de loi (C-282) prévoyait justement exclure la gestion de l’offre des futurs traités de libre-échange, mais il était encore bloqué au Sénat canadien quand le premier ministre Trudeau a abrogé la session parlementaire il y a quelques semaines. “C’est très décevant de le voir mourir au feuilleton parce qu’on avait 80% des députés au parlement et tous les chefs de parti qui s’étaient prononcés en faveur du projet de loi.”

Allègements fiscaux

Alors qu’une élection fédérale devrait être déclenchée quelque part au printemps, Martin Caron entend revenir à la charge avec ce dossier et d’autres également. “On demande aussi des allègements au fédéral. En agriculture, on est un des secteurs où ça prend le plus d’actifs pour faire des recettes monétaires. Avec le prix des terres agricoles et le coût de la machinerie, on est obligé d’investir 8$ pour avoir 1$ en chiffres d’affaires. C’est pour ça qu’on croit que le gouvernement fédéral doit revoir ses règles fiscales pour nous aider”, estime le président de l’UPA.

Martin Caron entend également sensibiliser les élus sur les enjeux reliés à la relève agricole. “Ce sont 78% de nos entreprises agricoles qui n’ont pas de plan de relève. Ça veut dire que ça va prendre d’autres gens que nos jeunes qui sont les enfants des producteurs. Ça va prendre d’autres personnes. Pour réaliser ça, il va falloir qu’il y ait des allègements fiscaux pour aider ces transferts d’entreprises si on veut maintenir l’agriculture et l’agroalimentaire qui font vivre chacune de nos ruralités au Québec. Un emploi sur neuf vient de ce secteur au Canada. C’est quand même pas rien”, termine le président de l’UPA.

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