Élus pour bloquer les éoliennes

SAINT-ADELPHE.  Plusieurs conseils municipaux sont maintenant composés de nouveaux élus qui ont été portés au pouvoir en affichant clairement leur opposition au parc éolien du Projet Mauricie de TES Canada. Cette fois, les électeurs et électrices ont voté pour des représentants en connaissant leur position sur le sujet.

C’est à Saint-Adelphe que TES projette d’installer le plus grand nombre d’éoliennes pour son Projet Mauricie, soit 44.

La nouvelle mairesse de Saint-Adelphe, Carole Neill, est l’ancienne co-porte-parole du collectif citoyen Toujours maîtres chez nous. Depuis deux ans, elle assiste assidument aux séances publiques du conseil municipal et du conseil des maires de la MRC de Mékinac.

“En principe, les nouveaux élus, j’imagine qu’ils vont arriver dans un esprit de collaboration. Je l’espère et c’est dans cet esprit que j’arrive. Ça va apporter une façon de faire fort différente. J’imagine même que les citoyens qui étaient dans la salle vont arriver avec ce même esprit de collaboration parce que là, on ne sera plus dans une dynamique de confrontation. Je compte énormément sur la collaboration de toutes et de tous pour qu’on puisse envoyer un signal clair par rapport au parc éolien de TES Canada.”

Trois référendums tenus le jour de l’élection municipale ont aussi démontré l’opposition des citoyens à l’implantation d’éoliennes, à Saint-Tite (68 %), Sainte-Thècle (69 %) et Saint-Luc-de-Vincennes (85 %).

“Dans toutes les municipalités où les gens ont été élus, il n’y a jamais été question de prétendre qu’il n’y avait pas une partie de la population qui était pour le projet, mais il demeure que la démocratie a parlé et les référendums aussi. Il faut respecter la démocratie et dire à TES: il n’y a pas d’acceptabilité sociale pour votre parc éolien, il serait temps d’en prendre acte, il serait temps de corriger le tir. Si le gouvernement considère qu’il y a de l’avenir dans l’hydrogène vert, ce n’est pas à deux MRC à subir les conséquences. Il va falloir que TES s’interroge sérieusement, et le gouvernement aussi, sur la possibilité de fonctionner avec des mégawatts supplémentaires accordés par Hydro-Québec. Je pense que ce serait une solution honorable.”

Ces derniers jours à l’Assemblée nationale, le Parti Québécois talonne les ministres de la CAQ à propos du Projet Mauricie pendant la période de questions. La ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, Geneviève Guilbault, prétend qu’elle est en accompagnement et en discussion avec des élus locaux par rapport au projet de TES, ce qui a été démenti, notamment par le maire de Sainte-Thècle, Éric Blouin, et la mairesse de Grandes-Piles et préfète de la MRC de Mékinac, Caroline Clément. Pour sa part, la ministre de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie, Christine Fréchette, continue de parler d’un “excellent projet”.

“Les réponses de Mme Fréchette étaient pathétiques, estime Mme Neill. Elle avait sorti sa cassette, la même cassette qu’elle utilisait pendant la commission sur le projet de loi 69. Elle prétend encore que c’est un beau projet de décarbonation, ce qui est faux, elle prétend encore que c’est un investissement entièrement privé, ce qui est faux, parce que la majorité des subventions vont venir du gouvernement fédéral. Elle répète les sempiternels mêmes clichés par rapport à TES Canada. Donc, des représentations politiques vont devoir être faites auprès du gouvernement. Il y a quand même un coût politique pour la CAQ à imposer ce projet-là. Et de l’imposer à des Municipalités qui sont clairement positionnées contre, il va y avoir un coût politique très fort.”

Avec des élections provinciales prévues en octobre 2026, il est loin d’être assuré que la CAQ sera portée au pouvoir à nouveau, ce qui changerait l’interlocuteur à Québec.

“Quand on entend les questions du Parti québécois, on peut supposer que le Parti québécois respecterait la volonté de la population s’il était au pouvoir. C’est tout un jeu politique qui va être déterminant en 2026. Si TES ne veut pas être otage de ce jeu politique, la balle est dans son camp.”

Jusqu’à maintenant, le PDG de TES Canada, Éric Gauthier, ne veux pas envisager l’abandon du parc éolien même si le gouvernement devait accorder un bloc d’énergie suffisant pour alimenter l’usine de Shawinigan.

“Quand le projet a été annoncé, ils ont dit que c’était à la suite d’une rencontre avec Fitzgibbon et Legault qu’ils ont réussi à obtenir 150 mégawatts. S’ils ont eu assez de lobbying pour obtenir 150, probablement qu’ils ont assez de lobbying pour en obtenir 350. Au mois d’août, quand ils ont fait une tournée, M. Gauthier a dit qu’en réalité, ils avaient besoin de 350 mégawatts pour fonctionner. Alors, il leur manque 200 mégawatts. Je pense que s’ils insistent, s’ils font les représentations politiques qu’il faut, ils peuvent l’obtenir.”