Des propos qui ne sont pas les siens: Caroline Clément dénonce une instrumentalisation

GRANDES-PILES.  La mairesse de Grandes-Piles et préfète de la MRC de Mékinac, Caroline Clément, ne cache pas sa colère. Des propos qui lui sont attribués dans un rapport déposé au ministère de l’Environnement par TES Canada la placeraient en appui au projet éolien, alors qu’elle n’a jamais pris position officiellement.

TES Canada a déposé en décembre dernier un rapport au ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs. Dans une portion du document, il est écrit que la mairesse de Grandes-Piles a exprimé son intérêt pour davantage d’éoliennes lors d’une rencontre tenue en janvier 2025, entre des représentants de TES Canada et des élus de la municipalité. Une affirmation que Mme Clément juge non seulement inexacte, mais lourde de conséquences dans un contexte déjà marqué par de fortes tensions sociales.

“Je n’ai jamais donné ma position. J’ai toujours dit que j’étais neutre, ou plutôt nuancée, parce que mon rôle, c’est d’analyser l’ensemble du dossier, pas de militer pour un camp ou l’autre”, martèle-t-elle en entrevue.

Une confiance fragile

“Ce que je trouve déplorable, c’est d’être instrumentalisée comme ça dans un document officiel. Ça vient briser la confiance, celle des citoyens envers les élus, mais aussi envers le promoteur”, explique-t-elle.

Selon la préfète, le climat social dans la MRC de Mékinac est déjà “extrêmement tendu”. Les réseaux sociaux, dit-elle, agissent comme un amplificateur de méfiance et de colère. “Quand on réussit enfin à bâtir un lien de confiance, ça peut se défaire en criant ciseau. Et c’est exactement ce que ce genre de situation provoque.”

Des mots jamais prononcés

Caroline Clément insiste: les échanges tenus avec TES Canada portaient sur des questions d’information, notamment sur des scénarios possibles du projet, comme le nombre d’éoliennes ou les simulations visuelles.

“Ce n’était ni en appui ni en opposition. Poser des questions, ce n’est pas prendre position”, rappelle-t-elle.

Elle s’inquiète aussi de la méthode. “Quand on me met des mots dans la bouche, je me demande: s’il y a une erreur comme celle-là à mon sujet, combien y en a-t-il d’autres dans le document?”

Des excuses, mais pas de rectification

À la suite de la controverse, Mme Clément a contacté TES Canada pour obtenir des explications. L’entreprise a reconnu une erreur d’interprétation et présenté des excuses, sans toutefois procéder à une rectification formelle du rapport déposé au ministère.

“Il n’y a pas eu de rétractation officielle, ni de démarche pour corriger le document auprès du ministère. Et ça, c’est problématique”, souligne-t-elle.

Une sortie publique de l’entreprise a bien eu lieu, mais sans, selon elle, corriger clairement l’impression laissée par les propos rapportés.

Une atteinte à l’intégrité

Au-delà de ses fonctions politiques, Caroline Clément parle d’une atteinte personnelle. “Ce n’est pas seulement la mairesse ou la préfète qui est touchée. C’est mon intégrité, mon honnêteté. J’ai toujours essayé de rester au-dessus de la mêlée.”

Elle affirme avoir résisté aux pressions l’invitant à réagir plus vivement ou à “partir en guerre”, que ce soit contre l’entreprise, contre le climat social ou contre certains acteurs politiques. “Je fais les choses de manière réfléchie. Je ne veux pas ajouter de l’huile sur le feu.”

Et la suite?

À court terme, des discussions sont prévues au conseil municipal de Grandes-Piles. Du côté de la MRC, aucune décision n’a encore été prise quant à d’éventuelles démarches collectives.

Pendant ce temps, le dossier TES Canada poursuit son chemin vers le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE), dans un contexte politique et social incertain.

“On marche constamment sur des œufs “, résume la préfète. ” Mais une chose est claire : on ne peut pas utiliser les élus, peu importe le camp, pour faire dire ce qu’ils n’ont jamais dit.”