(CHRONIQUE) Des erreurs fiscales que l’on découvre trop tard
FINANCES PERSONNELLES. En matière de finances personnelles, les erreurs fiscales sont rarement commises par négligence. Elles sont beaucoup plus souvent le résultat de décisions prises sans accompagnement, de règles mal comprises ou de stratégies appliquées “par défaut”.
Par Marie-Eve McLean, planificatrice financière
Ces erreurs ne se manifestent pas immédiatement. Elles apparaissent souvent des années plus tard, parfois au moment de la retraite ou lors d’un événement important, alors qu’il est trop tard pour les corriger. Voici quelques-unes des erreurs fiscales les plus fréquentes que l’on peut découvrir trop tard.
Utiliser le REER sans stratégie globale
Le REER est un excellent outil de report d’impôt, mais il n’est pas toujours optimal dans toutes les situations. Une erreur fréquente consiste à y cotiser systématiquement, sans analyser votre situation actuelle et celle anticipée à la retraite.
Dans certains cas, surtout pour les personnes à revenu modeste qui n’ont plus d’enfant à charge, cotiser au REER peut générer peu d’avantages fiscaux, tout en ayant des implications importantes lors des retraits. En effet, à la retraite, les retraits REER ou FERR sont entièrement imposables et peuvent faire grimper le revenu imposable, réduire certains crédits ou prestations et augmenter votre facture d’impôt. Ainsi, il faut s’assurer que nos retours de toutes sources sera équivalent ou supérieur au moment de cotiser au REER qu’au moment de son retrait.
Une planification permet de déterminer quand le REER est pertinent et quand il vaut mieux prioriser d’autres véhicules de placement.
Sous-utiliser ou mal utiliser le CELI
Le CELI est souvent mal compris. Certains l’utilisent uniquement comme un compte d’épargne à court terme, alors qu’il peut être un puissant outil de planification à long terme.
Une erreur fréquente consiste d’ailleurs à retirer des sommes du CELI sans tenir compte du moment où les droits de cotisation seront récupérés. Un retrait effectué en cours d’année ne redonne pas immédiatement de nouveaux droits. Ceux-ci ne reviennent qu’au 1er janvier de l’année suivante. Une mauvaise gestion peut donc entraîner des cotisations excédentaires et des pénalités.
À l’inverse, ne pas utiliser pleinement son CELI sur plusieurs années représente une occasion fiscale perdue, surtout lorsque les placements génèrent des rendements importants qui pourraient être entièrement exempté d’impôt.
Ignorer l’impact fiscal des comptes non enregistrés
Les placements non enregistrés sont souvent choisis sans stratégie fiscale claire. Pourtant, les revenus d’intérêts, les dividendes et les gains en capital ne sont pas imposés de la même façon.
Une mauvaise répartition des types de placements entre les comptes (REER, CELI et non enregistré) peut entraîner une facture fiscale plus élevée année après année. Par exemple, détenir des placements générant surtout des intérêts dans un compte non enregistré peut s’avérer fiscalement inefficace.
La fiscalité des placements ne se limite pas au rendement brut. C’est plutôt le rendement après impôt qui compte réellement.
Reporter la planification fiscale à la retraite
Beaucoup de gens croient, à tort, que la planification fiscale commence à la retraite. En réalité, c’est souvent là que les erreurs passées deviennent visibles.
L’absence de stratégie de décaissement, le choix du mauvais moment pour convertir un REER en FERR ou la combinaison inadéquate des sources de revenus peuvent entraîner une imposition inutilement élevée sur plusieurs années. Une retraite bien planifiée fiscalement se prépare souvent 5, 10, voire 15 ans à l’avance.
Négliger la planification successorale
Enfin, l’une des erreurs les plus coûteuses est l’absence de coordination entre la fiscalité et la succession. Par exemple, le fait de ne pas avoir un testament ou de ne pas se soucier de l’impôt au décès peuvent entraîner des conséquences importantes pour les héritiers. Ces enjeux sont souvent découverts trop tard, dans un contexte déjà émotionnellement chargé.
Ainsi, les erreurs fiscales ne sont pas toujours spectaculaires, mais elles peuvent coûter cher à long terme. Heureusement, la plupart sont évitables avec une planification financière personnalisée et révisée régulièrement.
