Au-Gré-du-Clos: l’élevage à échelle humaine
NOTRE-DAME-DU-MONT-CARMEL. Installée en Mauricie depuis 2025, la ferme artisanale Au-Gré-du-Clos élève poulets fermiers, pintades, cailles XL et produit des œufs frais en misant sur un modèle à échelle humaine et sur la vente directe aux consommateurs.
Fondée par Dominique Demers, microbiologiste de formation, l’entreprise est née d’une réorientation de carrière après 20 ans dans les secteurs pharmaceutique et médical, notamment dans le domaine des vaccins et de l’assurance qualité. “À la base, je suis quelqu’un qui vient d’un milieu pharmaceutique et médical. Donc, j’ai travaillé 20 ans dans le pharmaceutique, dans le médical et tout. […] Mais au fur et à mesure que ma carrière évoluait à cet endroit-là, bien, il me manquait quelque chose. Donc, j’ai voyagé beaucoup, J’ai fait plein de choses […], pour ensuite décider de me tourner vers des moments plus authentiques C’est là que j’ai acheté des oiseaux, il y’a plus de 10 ans. Ce sont mes premières poules, élevées chez moi pour le plaisir, qui ont fait naître cette passion.Tout a découlé d’une passion, en fait”, explique-t-elle.
Au fil des années, ce qui était censé être de l’élevage de plaisance lorsqu’elle résidait à Québec s’est transformé graduellement en carrière professionnelle. Désormais installée en Mauricie, elle décide en 2025 de se consacrer à temps plein à la mise sur pied de son entreprise individuelle, soutenue par son conjoint. “C’est beau une ferme, mais c’est une entreprise à la base. Oui, il y a les valeurs à l’arrière de qu’est-ce qu’on veut que l’entreprise soit, mais c’est aussi une entreprise. Faut que ça roule. Faut que ça marche.”

(Photo courtoisie – Dominique Demers)
Au quotidien, la gestion de la ferme exige donc de conjuguer soins aux animaux, tâches administratives, comptabilité, demandes de subventions et formation en gestion agricole. “Les animaux, c’est un incontournable”, précise-t-elle, évoquant la nécessité de prioriser les opérations courantes.
Un élevage à échelle humaine
Au-Gré-du-Clos propose des poulets fermiers, pintades, cailles XL et œufs frais. L’élevage est réalisé en plein air, sans production intensive.
“C’est un élevage qui est artisanal. C’est fait à grandeur humaine, échelle humaine. Ça assure que les animaux, ils ont une belle qualité de vie, mais ça assure aussi une super belle qualité de produit. Moi, mes animaux, je les regarde à tous les jours. J’en prends soin. Je m’assure qu’ils sont heureux. S’il y a quelque chose qui ne marche pas, j’ajuste”, mentionne Mme Demers.
L’entreprise privilégie la vente directe. Les commandes sont effectuées par téléphone ou en ligne, puis récupérées à la ferme ou lors de points de chute organisés ponctuellement, notamment vers Québec. Ce mode de fonctionnement favorise un lien direct avec la clientèle.

(Photo courtoisie – Dominique Demers)
Une expertise scientifique au service de la ferme
La formation en microbiologie et en biologie moléculaire de la fondatrice influence certaines pratiques, particulièrement en matière de prévention des contaminations.
“Les contaminations au niveau de la ferme, c’est surtout au niveau de l’eau. Il faut vraiment faire attention. La qualité de l’eau, c’est très, très primordial. Aussi, avoir une litière le moins humide possible pour diminuer la charge bactérienne. L’humidité, c’est très pas bon pour les oiseaux. Ça amène à s’assurer qu’il y a une bonne ventilation”, souligne-t-elle.
Même si elle ne reproduit pas les protocoles de laboratoire appris durant ses études, elle affirme appliquer les principes liés à la prévention de la contamination croisée et à la salubrité.
Démarrage et défis
Le lancement du projet a nécessité un investissement de plus de 50 000$, notamment pour les infrastructures et l’implantation des installations. L’acquisition d’une terre agricole représente également un enjeu financier important.
Outre l’aspect budgétaire, la complexité réglementaire figure parmi les principaux défis.
“C’est un milieu qui est excessivement réglementé. […] Il y a beaucoup de niveaux de palier au niveau du gouvernement. L’obtention des permis, les quotas, la municipalité, la CPTAQ… Quand moi j’ai démarré, je me demandais par où dois-je commencer? “
Elle souligne avoir dû solliciter de l’accompagnement afin de naviguer à travers les différentes instances administratives.
La question de la relève
Dominique Demers évoque également les critères d’accès aux programmes destinés à la relève agricole.
“Étant au-dessus de 40 ans, je n’ai pas ces supports-là. […] Je suis vraiment une relève agricole, parce que moi, je pars de zéro. Oui, j’ai plus de 40 ans, mais quand même, je pars quand même de zéro, moi aussi”, déplore l’agricultrice.
Elle estime que la définition actuelle de la relève ne reflète pas toujours la diversité des parcours entrepreneuriaux en agriculture.
Par ailleurs, implantée dans un réseau de producteurs locaux, l’entreprise collabore avec d’autres fermes de la région, tant en élevage qu’en maraîchage, pour échanges de services et partage d’expertise. Avec Au-Gré-du-Clos, elle souhaite contribuer à l’offre alimentaire locale en proposant des viandes et des œufs issus d’un élevage respectueux des animaux et de l’environnement.
Pour Dominique Demers, l’agriculture représente à la fois un projet entrepreneurial et un choix de vie. “À la base, pour moi, c’est un mode de vie. C’est le mode de vie de produire ma nourriture”, conclut-elle.
