Apprendre en criant lapin
SAINT-TITE. Voilà bientôt un an que Jasmine Vigeant embarquait de plain-pied dans l’élevage cunicole en se portant acquéreuse de l’entreprise Le Lapin de Saint-Tite, une route remplie d’écueils, mais dont elle ne regrette absolument rien.
Avec son conjoint Pascal Côté, la jeune agricultrice est devenue officiellement propriétaire le 17 janvier 2025, mais des mois auparavant, elle était venue s’initier à ce délicat élevage en accompagnant Maxime Tessier, le fondateur de la ferme.
Le premier obstacle est survenu lors des pourparlers avec la Financière agricole du Québec (FDAQ) afin d’obtenir du financement. L’industrie du lapin au Québec traverse des années difficiles alors que le nombre de producteurs est passé de 70 il y a dix ans à seulement six aujourd’hui.
“Ils étaient frileux à financer mon projet, mais moi, je leur disais que j’avais Maxime Tessier comme mentor. Il n’y a pas mieux que ça, c’est lui qui est allé en Europe il y a vingt ans pour apprendre des meilleurs et qui a ensuite formé tous les autres qui sont encore en production au Québec”, fait valoir Jasmine Vigeant qui obtiendra finalement raison, non sans avoir longuement débattu son point de vue.
Dès mars 2023, elle accompagnera Maxime Tessier au quotidien pour apprendre tous les rudiments du métier. “Même si tu suis la formation Production animale offerte dans les écoles, il n’y a rien pour l’élevage de lapins”, raconte celle qui avait auparavant travaillé sur des fermes de brebis et de vaches laitières. “Mon premier contact avec Maxime, il était bien frileux, mais dès la fin de la journée, c’était le coup de foudre des deux côtés et à partir de là, on s’est enligné pour faire les démarches pour acheter la ferme.”
Trois filières à développer
Avec une production d’environ 10 000 lapins par année, Le Lapin de Saint-Tite est le 3e en importance au Québec sur les six producteurs qui tiennent encore le fort. “Pour assurer la croissance de l’entreprise, on mise sur trois piliers : la consommation humaine, la consommation animale et le fumier comme fertilisant”, explique Pascal Côté qui travaille sur le développement des affaires pendant que sa conjointe s’occupe des opérations dans le clapier.
Le Lapin de Saint-Tite travaille présentement à développer une gamme de produits transformés pour la vente à la ferme. Les fameuses bines au lapin et à la bière créées par Maxime Tessier sont toujours là, mais d’autres produits sont en voie d’être lancés. “Les cuisses confites, la brochette de filet mignon de lapin, de la rillette, de la mousse de lapin et bien sûr, l’effiloché de lapin qui est notre gros vendeur dans les événements auxquels on participe”, énumère Pascal Côté.

Jasmine Vigeant et son conjoint Pascal Côté avec des cuisses de lapin confites vendues à la ferme. (Photo L’Hebdo – Bernard Lepage)
Le couple explore également les débouchés reliés à l’alimentation animale avec les restes des carcasses de leurs lapins une fois passés par l’abattoir. “Du côté de la consommation animale, la viande crue est un marché en pleine croissance. Et la protéine animale du lapin est la seule, avec celle du canard, que tu peux donner à tes animaux qui sont hypoallergéniques. Et comme la viande de lapin est très maigre, elle offre un super potentiel”, ajoute Pascal Côté qui compte valoriser les abats et les os restants des lapins en les moulant très finement pour former une pâte ne contenant aucune farine. “La demande de permis est faite et on a fait attester notre procédé par un agronome”, ajoute Jasmine Vigeant.
Enfin, Le Lapin de Saint-Tite continue de travailler sur la valorisation du fumier de lapin en le transformant en fertilisant pour les centres horticoles. “Maxime travaillait déjà sur le projet depuis trois ans et il nous accompagne encore aujourd’hui là-dessus”, souligne la productrice.
Le défi dans ce cas-ci est d’éliminer toutes traces d’E. coli à l’intérieur du fumier tout en conservant son niveau d’azote. “Actuellement, le procédé consiste à chauffer le fumier, mais en faisant ça, on perd notre azote. Mais on est convaincu d’y arriver parce qu’un producteur de poulets a réussi à trouver le juste milieu et ils ont les mêmes enjeux que nous à ce niveau”, conclut Jasmine Vigeant d’un ton déterminé.
