Les conclusions de l’enquête… 150 ans plus tard

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Par Bernard Lepage
Les conclusions de l’enquête… 150 ans plus tard
Suite au séisme du 20 octobre 1870 dans Charlevoix, l'hebdomadaire montréalais Canadian Illustrated News publie cette illustration montrant des avocats effrayés s'enfuyant des palais de justice. (Photo : Courtoisie Ressources naturelles Canada)

SAINTE-GENEVIÈVE-DE-BATISCAN. Le 20 octobre dernier, il y avait 150 ans qu’un tremblement de terre d’une magnitude de 6,6 sur l’échelle de Richter secouait le Québec et une partie des États-Unis.

Cinq jours plus tard, le 25 octobre 1870 vers 14h, à 175 kilomètres de l’épicentre du séisme situé dans la région de Charlevoix, un glissement de terrain provoque la disparition d’une maison et de ses habitants dans la rivière Champlain, à Sainte-Geneviève-de-Batiscan. Bilan: quatre morts.

Ressources naturelles Canada a effectué il y a quelques années une étude afin de déterminer si un lien pouvait être établi entre le tremblement de terre et cette tragédie survenue dans le rang des Lahaie, une route qu’on retrouve encore aujourd’hui sur Google Maps.

Coauteur de l’enquête, le sismologue Maurice Lamontagne souligne d’abord qu’il faut savoir que ce secteur de la Mauricie a toujours été propice aux coulées argileuses. Le chercheur note par exemple que des glissements de terrain survenus en mai 1877 à Sainte-Geneviève-de-Batiscan, et en septembre 1895 à Saint-Luc-de-Vincennes, avaient entraîné la mort à chaque occasion de cinq personnes. Encore récemment, des épisodes similaires sont survenus.

Pour appuyer ses recherches, Maurice Lamontagne s’est basé sur deux sources: les journaux de l’époque ainsi que le rapport du coroner qui avait été commandé par les autorités puisqu’il y avait eu décès.

Dans un article du Journal des Trois-Rivières, le propriétaire de la maison détruite, Laurent Lahaie, mentionne que suite au séisme du 20 octobre, la tête de sa cheminée était tombée. L’homme souligne également qu’avant même le tremblement de terre, il avait remarqué des fissures dans le sol, ce qui lui faisait craindre un éboulis. Racontant le fil des événements, le reportage fait mention « que le terrain a d’abord glissé en s’abaissant dans la rivière Champlain, emportant la maison qui fut engloutie. »

Le rapport du coroner quant à lui souligne que Rose Délima Thiffault, Tharsile Lahaie et Alvina Lahaie étaient décédées sur le coup lorsque la résidence s’était effondrée sur elles tandis qu’Euphrosine Lahaie devait mourir quelques heures plus tard des suites de ses blessures.

Les changements climatiques en 1870…

Dans son enquête, le sismologue note qu’aucune réplique sismique n’avait été enregistrée dans la région de Trois-Rivières dans les jours qui suivirent le 20 octobre. Il étudie également la météo puisque les précipitations automnales peuvent être susceptibles d’entraîner des glissements de terrain dans des sols déjà fragilisés.

À cet effet, il relève que le Journal des Trois-Rivières avait publié un article sur une tempête survenue le 18 octobre au cours de laquelle des arbres avaient été déracinés, des toits arrachés et des bateaux coulés. À la lumière du discours sur les changements climatiques aujourd’hui, il est amusant de reprendre un passage du texte rédigé il y a 150 ans: « On dirait vraiment que nous vivons dans un temps où les désordres de la nature vont devenir continuels. Avant-hier (18 octobre), c’était une des plus fortes tempêtes que nous ayons jamais eues. Aujourd’hui, c’est un des plus forts tremblements de terre qui se soient jamais produits ici. » …

Vérification faite, Maurice Lamontagne en déduit que dame Nature s’était déchaînée en Mauricie avant le glissement de terrain mais qu’il s’agissait de violentes rafales de vent et non de pluies diluviennes.

Avec toutes ces informations colligées et des analyses sur le terrain afin d’étudier les caractéristiques du sol dans le secteur, le sismologue en déduit que le tremblement de terre de Charlevoix a sans doute provoqué une première rupture dans un sol déjà précaire mais que son influence demeure somme toute mineure dans la tragédie qui allait suivre.

Selon le chercheur, les pluies automnales avaient sans doute fait augmenter le débit de la rivière Champlain, provoquant l’érosion du sol au pied du talus, dégradant ainsi toujours plus son degré de stabilité au sommet de la pente.

Fin de l’enquête…

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