Le Collège des médecins donne raison à Cynthia Gagné

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Par Bernard Lepage
Le Collège des médecins donne raison à Cynthia Gagné
Cyntha Gagné mène le combat pour sensibiliser les femmes à propos de l'implantation des bandelettes depuis novembre 2019. (Photo : courtoisie)

SANTÉ. Dans un rapport publié aujourd’hui (16 juin), le Collège des médecins du Québec recommande au ministère de la Santé et des Services sociaux que la RAMQ « rembourse les frais médicaux encourus par les patientes qui se sont rendus à l’extérieur du Québec afin d’obtenir une chirurgie de retrait totale d’une bandelette sous urétrale  de même que celles qui subiront  une telle intervention jusqu’à ce que les centres d’expertises soient pleinement fonctionnels. »

Il s’agit d’une  victoire sans équivoque pour Cynthia Gagné qui mène cette bataille publiquement depuis novembre 2019. Rejointe par L’Hebdo ce matin, la résidente de Saint-Boniface ne cachait pas sa joie même si la recommandation doit être approuvée par la ministre de la Santé, Danielle McCann. « Mais lorsqu’elle avait été interpellée sur la question, elle avait déclaré vouloir s’en remettrait aux conclusions de l’enquête du Collège des médecins », rappelle Cynthia Gagné.

Ce rapport d’une trentaine de pages contient 17 recommandations. Celle qui a alerté le Québec à l’automne 2019 sur les dangers de l’implantation de bandelettes pour contrer l’incontinence urinaire y a été étroitement associée. « C’est très rare que le Collège des médecins s’associe à une patiente pour émettre des recommandations », souligne Cynthia Gagné.

D’ailleurs, le rapport lui est dédié.

« Nous tenons à exprimer notre gratitude envers madame Cynthia Gagné, patiente qui a souffert d’effets indésirables liés à la mise en place d’une bandelette, à l’origine des reportages de l’émission Enquête, et donc, à l’origine de notre enquête. Madame Gagné a notamment constitué une banque de données d’une grande valeur, qui regroupe les témoignages des quelque 800 femmes membres du groupe fermé qu’elle a créé sur le réseau Facebook. Dans le plus grand respect des femmes de son groupe, madame Gagné eu la générosité de partager ces données avec nous, ce qui nous aura permis de mesurer l’étendue et l’ampleur de la situation. Elle nous aura également permis de mesurer l’ampleur de la détresse vécue par des centaines de femmes et sa volonté de contribuer à une solution à long terme pour toutes ces patientes. Humblement, ce rapport lui est dédié. »

Dans un mea culpa peu courant, le Collège des médecins reconnaît que la situation de l’implantation des bandelettes a abouti sur un bris de confiance envers ses spécialistes chargés de cette intervention.

«Un des problèmes les plus importants auquel nous avons été confrontés est la crise de confiance envers les urologues et les urogynécologues québécois quant à leur capacité d’assurer une évaluation et une prise en charge des patientes qui répondent à leurs attentes. Les commentaires relatifs à cette crise de confiance ont été entendus dans l’émission Enquête en novembre 2019. Ils ont également été exprimés dans les forums de discussion sur les bandelettes sous urétrale  et notamment sur la page publique Facebook L’Ameshée. »

Parmi les autres recommandations contenues dans le rapport, le Collège des médecins souhaite aussi que le ministère de la Santé impose dès maintenant un moratoire « sur la mise en place de bandelettes sous urétrales qu’elles soient de type TOT ou TVTO. »

Enfin, le rapport recommande que ce type d’intervention soit précédé par l’imposition d’un formulaire où la patiente reconnaît signer l’autorisation avec un consentement libre et éclairé.

Le Collège des médecins recommande également l’implantation au Québec de quatre centres d’expertise pour que ses spécialistes soient mieux formés et outillés pour réaliser ce type d’intervention. À ce propos, Cynthia Gagné se dit déçue.

« C’est beaucoup trop. Ça ne prend qu’un ou deux spécialistes mais qui ne font que ça. Pour pouvoir enlever les bandelettes complètement et être bon, il faut en faire souvent. » La résidente de Saint-Boniface déplore aussi que le rapport ne se montre pas plus précis sur un calendrier de mise en place de ces centres d’expertise et la façon dont les spécialistes seront formés. « Je trouve quand même incroyable qu’on a pas cru bon au cours de cette enquête appeler le Dr Dionysios Veronikis à Saint-Louis, qui a opéré 47 Québécoises jusqu’ici et en recevra autant d’ici l’automne », termine-t-elle.

Excluant les frais de transport et d’hébergement des patientes, la chirurgie pour retirer les bandelettes coûtait approximativement 14 000$ US, soit environ 19 000$ canadiens.

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