Jean-François Dubois: de la crise d’Octobre à Franco Country

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Par Bernard Lepage
Jean-François Dubois: de la crise d’Octobre à Franco Country
Jean-François Dubois, l'homme derrière le succès de Franco Country. (Photo : L'Hebdo / Bernard Lepage)

GRANDES-PILES. Jean-François Dubois coule aujourd’hui une retraite paisible sur le bord du Saint-Maurice. Partagé entre son poste de conseiller municipal à Grandes-Piles et les opérations du bateau croisière Windigo, rien ne laisse penser que cet homme discret fut un jour dans le feu de l’action de la crise d’Octobre pour ensuite créer la chaîne musicale Franco Country…

Animateur radiophonique à CKLM en 1970, le jeune homme de 20 ans sera aux premières loges pour suivre la crise d’Octobre à Montréal où il est né. «Notre animateur vedette était Pierre Pascau et le Front de libération du Québec (FLQ) passait par lui pour faire lire leur manifeste en direct», se rappelle Jean-François Dubois.

Cette façon de faire déplait évidemment aux autorités et avec certains de ses collègues de la station, il sera emprisonné quelques heures après que la Loi sur les mesures de guerre eut été décrétée par le gouvernement Trudeau. «Les policiers voulaient qu’on leur donne les communiqués avant leur diffusion. Notre patron Guy D’Arcy a dit qu’il n’en était pas question», se remémore-t-il.

À la demande de Pierre Pascau, Jean-François Dubois ira notamment enregistrer chez elle un témoignage de l’épouse de James Richard Cross, le diplomate britannique enlevé par la cellule Libération du FLQ. La situation était tendue à l’époque se rappelle-t-il, mais le sentiment de jouer dans une mauvaise pièce de théâtre se forgeait peu à peu dans le milieu journalistique.

«Ça faisait amateur quelquefois le FLQ. L’impression que ça nous donnait, c’était que le fédéral se servait des felquistes pour faire peur au monde», déclare le Grand-Pilois d’adoption. «Il y avait un soldat de mon âge stationné avec une mitraillette devant la porte de la station. C’était impressionnant, mais après coup, on s’est dit que c’était juste un symbole parce n’importe qui pouvait entrer et sortir sans problème.»

La découverte de Pierre Laporte dans le coffre d’une voiture le 17 octobre 1970 agira toutefois comme une douche froide pour les artisans de l’information affectés à la couverture de l’actualité. «À ce moment, tout le monde pensait que c’était un meurtre, mais on ne savait pas ce qu’on sait aujourd’hui. Les felquistes voulaient l’emmener à l’hôpital parce que tu ne mets pas un oreiller en dessous de la tête d’un cadavre. Je crois que cet événement a servi la cause de Trudeau qui voulait mater la cause du nationalisme au Québec», analyse Jean-François Dubois.

Le country, une musique humaine

Dans les années qui suivirent, l’homme de radio poursuit sa carrière à Radio-Canada, notamment à Toronto et en Saskatchewan où il assure la direction de stations de radio. «Dans l’Ouest canadien francophone, le country est la musique la plus écoutée, mais j’haïssais ça à mort», sourit-il.

C’est un autochtone qui lui fait changer d’avis. «Il m’avait expliqué que le tambour dans leur musique, c’est les battements du cœur. Et il m’a fait un rapprochement avec la musique country. À partir de là, je me suis mis à véritablement écouter et j’y ai découvert des paroles simples et une musique sensible, la plus humaine qui existe. Tu vas y retrouver ta peine d’amour, ton bonheur.»

À la fin des années 1990, Radio-Canada s’apprête à lancer la chaîne musicale Galaxie – devenue aujourd’hui Stingray – et mandate Jean-François Dubois d’y élaborer le contenu pour du country francophone. «J’ai dû me battre, car au début, il n’y avait que deux chaînes anglophones de prévues. J’ai dit aux patrons que le country était la musique la plus écoutée au Québec, mais que je n’avais pas de statistiques pour le prouver, car personne ne s’en vantait.»

Snobée par l’élite et l’ADISQ, le genre musical a depuis gagné ses lettres de noblesse comme en fait foi les nombreux artistes pop qui font un détour obligé par le country ces dernières années. Aujourd’hui, Franco Country est la deuxième station la plus écoutée au Québec chez Stingray. «Au début, je demandais aux artistes de m’envoyer leur cassette ou CD et je leur promettais de diffuser au moins une pièce. Ce n’était pas toujours sur la coche, mais le moins bon, on le passait la nuit», confie l’homme de radio.

C’est en supervisant le concours amateur Étoiles Galaxie au Festival Western de St-Tite que Jean-François Dubois a découvert la Mauricie et décidé de s’y établir. «Je crois sincèrement que Franco Country a beaucoup contribué à mettre le country francophone au grand jour et à faire émerger de nouveaux talents. J’ai toujours pensé qu’avec le temps, en les mettant à l’antenne, ils finiront par se reconnaître, à s’améliorer et ça va faire boule de neige. C’est exactement ce qui s’est passé», termine-t-il.

Les cinq coups de cœur country de Jean-François Dubois

  • Cindy Bédard
  • Guylaine Tanguay
  • Véronique Labbé
  • Les sœurs Boulay
  • Émilie Daraîche
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