La pandémie et l’industrie funéraire

Stéphane Lévesque, journaliste de l'Initiative de journalisme local
La pandémie et l’industrie funéraire
(Photo : archives - Denis Germain)

COVID-19. De par son ampleur et ses facettes multiples, la pandémie affecte la vie comme la mort. Qu’en est-il justement de l’industrie funéraire?

Premier constat, bien qu’il y ait plus de décès qu’à la normale, aucun des centres funéraires sondés n’a été débordé. Que ce soit dans la conservation des corps pour une exposition, l’incinération ou la tenue de funérailles au moment souhaité par les familles, les règles habituelles et celles imposées par la Santé publique ont été respectées en Mauricie et au Centre-du-Québec.

«Dès le départ de la crise, nous étions un service essentiel. On a toujours pu poursuivre nos activités tant pour l’exposition, l’incinération que pour les cérémonies dans nos chapelles», avance d’emblée Isabelle Pronovost, directrice générale de la Coopérative funéraire de la Mauricie, tout en précisant que pour les décès reliés à la COVID-19, aucun embaumement n’est permis.

Même si des funérailles pouvaient se tenir en limitant le nombre de personnes présentes et le respect de la distanciation sociale, ce sont les familles qui décidaient de les remettre à plus tard et non les centres. «Là, avec le déconfinement et le fait que l’on peut avoir plus de gens dans le même lieu, on recommence de plus en plus à faire des cérémonies. On fait comme dans les épiceries et on met des points par terre», rapporte Isabelle Pronovost.

C’est le cas également dans les salons Gaudet présents dans les différents secteurs de Bécancour ainsi qu’à la Résidence funéraire Caron de La Tuque. Après un ralentissement, les activités reprennent «normalement» signale tant Philippe Bergeron du Salon Gaudet qu’Alexandre Caron de la Résidence funéraire Caron.

La situation similaire est à Nicolet, au Centre funéraire J.N. Rousseau.

«À ce jour, on n’a pu répondre aux besoins des familles. Généralement, les gens n’attendent plus pour tenir les cérémonies», indique Marie-Josée Rousseau, la propriétaire. «Oui, on peut reporter, mais il faut que le deuil se fasse. La tenue de funérailles fait partie du cheminement d’un deuil. Il demeure que ce n’est pas évident de transmettre ses condoléances à deux mètres», rapporte de son côté la directrice de la Coopérative funéraire de la Mauricie. Outre quelques exceptions, bien qu’il soit naturel de vouloir étreindre un proche qui a perdu un être cher, on comprend la situation et on respecte la distanciation sociale.

Sans s’aventurer à prévenir l’avenir, le besoin de se réunir dans un moment difficile comme un décès va demeurer dans le futur croit-on.

«Les gens ont le goût de se rassembler. C’est important lorsqu’on vit un deuil de partager ses émotions. C’est un réconfort», souligne Marie-Josée Rousseau qui compte 35 ans d’expérience dans le domaine funéraire. «De pouvoir voir son monde, la chaleur humaine d’être en groupe, cela manque», reconnait Philippe Bergeron.

Un virage technologique accéléré

«Éventuellement, on va s’équiper dans tous nos salons pour diffuser les cérémonies. On n’aura pas le choix de s’adapter à la nouvelle situation», précise Isabelle Pronovost. Des ajouts de caméras sont déjà prévus à La Tuque pour des retransmissions via le site internet de la Résidence funéraire Caron.

De son côté, le virage web est déjà amorcé du côté de Marie-Josée Rousseau. «On peut maintenant diffuser les cérémonies sur le web en direct et en rediffusion. Cela permet aux gens d’être présents pour la famille endeuillée, mais d’une autre façon», explique-t-elle en précisant que de plus en plus de sympathies sont acheminées par courriel.

Dans l’avenir, les réceptions après funérailles, actuellement non autorisées, devraient également changer. «On n’aura plus de buffets, ça va être des boites à lunch, je crois. On attend les directives de la Santé publique», indique Marie-Josée Rousseau.

Du côté de l’ampleur des évènements, la tendance pourrait demeurer à la baisse selon Philippe Bergeron. «Les gens exposaient sur un jour ou deux, maintenant c’est une heure ou deux. On va voir dans le futur», dit-il.

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